CHAPITRE II
<le batteries portant en mer leurs projectiles, pleins ou creux , jusqu'à deux mille trois cents toises ; ces <^ôtes furent si activement surveillées par nos camps ^t notre artillerie légère , que, sur les mille premiers hâtiments de la flottille, partis ou de l'embouchure de nos rivières ou de la Hollande , et réunis à Boulo- :gne, et dans les trois petits ports voisins, quinze seulement périrent par la mer, ou par les Anglais toujours repoussés victorieusement.
Chaque chaloupe canonnière et bateau plat, de sept à huit pieds de tirant d'eau , tout gréés , lestés de boulets , et pouvant s'échouer à marée basse , fut armé de deux canons , l'un de 24 ou de 36 , mobile -en tous sens , l'autre de bataille , ou d'un obusier avec son caisson. Il put être chargé de deux chevaux de trait, de vivres pour vingt jours, et de cent soldats ou matelots , tous également exercés à la rame et à toutes les manœuvres de terre et de mer.
On avait imaginé des prames , espèces de batteries flottantes à double et triple quille, trop longues il virer, mais redoutables par le tir, à fleur d'eau, de six pièces de vingt-quatre qu'on pouvait facilement retourner d'un bord à l'autre. Des péniches bien plus manœuvrières , mais moins chargées que les chaloupes , étaient armées de nos pièces de bataille ; trois matelots et soixante soldats en formaient la garnison.
A tatit de travaux sur les côtes, dans nos ports , et «ous les yeux de Napoléon, qui maintes fois y apparut -subitement, l'armée prêta gaiement une main volontaire et forte. Nos fantassins, vifs et intelligents, y furent, tour à tour, soldats, matelots et ouvriers.
Guidés, tantôt par nos plus, habiles ingénieurs, tantôt par nos marins, par nos artilleurs, et sans cesse exercés à l'embarquement, à des simulacres de descente, et à repousser rennemi en pleine mer, ils se montrèrent prêts à tout. C'est un fait que, à Boulogne principalement , le matériel chargé , on était parvenu , sur un signal donné, à embarquer hommes et chevaux en quatre à cinq heures.
Quant à Fargent nécessaire ^ Napoléon y satisfit sans aliénation dç biens nationaux , sans emprunts , sans marchés de grandes fournitures^ moyens alors trop coûteux. Le Hanovre, Naples et la Hollande durent lui défrayer soixante mille hommes. Les subsides de Gènes et de Parme, la neulralité du Portugal et de TEspagne, Tune payée annuellement, au Premier Consul , douze millions ; Tautre , imposée au Prince de la Paix, au prix annuel de soixante et douze millions; soixante autres millions de la vente de la Louisiane aux États-Unis; quarante millions, dons gratuits de la France et de Tltalie; trente - quatre millions d'accroissements de revenus; enfin, une augmentation d'impôts^ de quatre-vingt-neuf millions : voilà, pour faire face à tout, les ressources qu'il se créa. Telle fut la conception; potur ce qui devait concourir à l'exécution, tout, jusqu'au dernier moment, réussit miraculeusement; etj'on verra que, s'il fallut renoncer à achever, ce fût par la faute d'un seul homme!
Ses premiers ordres donnés , Napoléon lui-même , le 24 juin i8o3, alla d'Amiens, et de l'embouchure de la Somme jusqu'à Flessinguc, en recon-