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CHAPITRE I

Le temps d'une dictature était venu, et tout indiquait le Dictateur! La nation avait conçu tant de mépris pour ce gouvernement déchu, lieu d'asile de quelques terroristes tristement célèbres ; tant de haine pour tant d'excès absurdes et atroces commis depuis huit ans en son nom et dont elle était victime , que, entièrement dégoûtéç de ce qu'on appelait son gouvernement par elle-même , elle se précipitait dans les bras du héros, dont l'intègre habileté administrative et la modération généreuse au milieu .de ses triomphes , promettaient de la relever enfin de tant d'abaissements par tous les biens que donne la vraie gloire.

La popularité du i8 Brumaire fut donc immense! Les historiens républicains eux-mêmes en conviennent. Tout regret pour la prétendue virginité d'une constitution si souvent violée, demeura frappé de ridicule. Cette révolution était aussi Toeuvre de la France :

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elIeTavait proclamée d'avance ; tous les partis ou Taccueillirent avec empressement ou furent forcés de s'y soumettre. Les classes proscrites y applaudirent comme à leur salut; les royalistes l'acceptèrent comme la résurrection de la monarchie à laquelle il ne manquerait plus que leur monarque, dont ils espérèrent, tôt ou tard et d'une façon ou d'autre, le retour. Les constitutionnels, honmies d'ordre, y virent le retour de l'ordre ; besoin si pressant alors, que, avec plus ou moins de regret, la plupart lui sacrifièrent leurs principes. Les démagogues eux-mêmes, vaincus par l'opinion publique, se résignèrent, hors les plus passionnés. Ceux-ci se retirèrent la vengeance au cœur, et avec ces mêmes poignards du 19 brumaire, dont ils ne tardèrent pas à se servir.

Dès le 20 brumaire (11 novembre) les trois nouveaux Consuls se réunirent : ce Conseil dura cinqheures. L'orgueil de Sieyès l'aveuglait encore sur la portée de la révolution dont il avait si habilement tracé le programme. Plein de lui-même, et convaincu de son ascendant sur Ducos , il osa proposer de délibérer sur h\ présidence. « Mais vous voyez bien, s'écria naïve- « ment Ducos, que c'est le général qui nous préside ! » Et Bonaparte en effet, sans autre élection, prit la tête du Conseil. 11 fallut céder; mais, dans la discussion, Sieyès comptait reprendre l'avantage et se montrer le chef civil de la France, tandis que Napoléon n'en serait que le chef de guerre.

Son plan d'administration intérieure était arrêté ; sur ce terrain il se croyait sans compétiteur; aussi futil révolté de s'y voir sui\re et combattre par Bonaparte. Pendant la première heure il lui tint tête; mais

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