CHAPITRE V
Au milieu d'un premier mouvement de triste satisfiaiction de ce second retour chez les miens, après une perte cruelle , six mois d'absence , et un si rude voyage dans une aussi mauvaise saison , je m'aperçus
que, entre mon père , Macdonald et le Premier G>nsuly il y avait un parti pris de ne plus me regarder comme militaire. Je vis que mes lettres, que mes observations sur le pays d'où je revenais , que surtout les rapports bienveillants de Diiroc , mon brevet d'aspirant et le renom de mon père dans la diplomatie j me faisaient considérer comme désormais attaché à cette carrière. Elle était contraire à mes goûts, au mouvement des esprits d'alors , aux impressions que venait de me donner l'exemple de Macdonald , et à Fatlrait que, dès mon enfance, j'avais éprouvé pour l'éclat des armes.
On se souvient d'ailleurs, peut-être , de ma préoccupation pour la réhabilitation des Nobles au milieu du Tiers-État ; non plus , il est vrai , comme aristocrates , mais comme citoyens , et dans une situation et un nombre tels, qu'une seconde proscription devint impossible. On trouvera , si l'on veut, que c'était rêver plus haut que ma tête ; mais l'obsession de cette pensée, quelque disproportionnée qu'elle pût être avec mon âge et ma position , n'en était pas moins vraie en moi , ni moins dominante. Or je jugeai que , pour atteindre ce but , l'épée serait plus décisive que la plume. Je crus que cet exil à l'extérieur, qu'impose la carrière diplomatique , contribuerait moins à terminer cette guerre de classes, et à opérer cette fusion intérieure devenue ma pensée habituelle.
En conséquence , très-décidé entre mes deux brevets d'aspirant et de sous-lieutenant, lorsque Macdonald nous réunit pour se présenter, avec nous, au Premier Consul, je le suppliai de ne me désigner