CHAPITRE y. ns
était accoutumée à mettre au-dessiis de tout les dé- #licates6es du saypir-vivre, la politesse exquise des fprmes convenueSi enfin cette urbanité, ces grâces, ce charme indéfinissable, nuances à la fois si fines et si exclu-, sives, du code de l'empire des femmes d'auUrefoi$. A ces moeurs si délicates de l'ancien régime , les manières informes et les mceurs rudes des hommes nouveaux étaient hétérogènes et intolérables. Cela seul, sans le déplacement de rang, de pouvoir et de fortunes, eût rendu tout mélange impraticable. Aussi ne doit-on pas s'étonner que cette société ancienne se plût à envelopper le Premier Consul et les hommes d'élite dont il s'environnait dans son aversion pour les révolutionnaires qu'il avait domptés. L'armée même y était comprise. Ses immortels faits d'armes n'étaient, à ses yeux, que des accidents passagers, des triomphes de force brutale; une espèce de gloire sauvage, fausse , illégitime ; et les grades, acquis par cette gloire , une usurpation sur des droits anciens et imprescriptibles •
Tels étaient les sentiments, bien naturels au reste , des débris de ce monde si cruellement décimé , et sans clientèle , mais toujours animé de cet esprit de caste , le plus opiniâtre de tous les esprits de parti, et le plus puissant sur lui-même, par ses liens intimes de société et de famille , par ses habitudes héréditaires de domination et de point d'honneur, par son orgueil et ses prétentions exclusives devenues comme une seconde nature composée de tous les intérêts , de toutes les passions qui agissent le plus fortement sur le cœur de rhomme.
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Ceci n'est point une critique de raristocratie ; ce serait plutôt son éloge; pourvu qu'elle ne soit pa» exclusive, quelle convienne aux temps et qu'elle soit possible. Quel autre corps en efFet, si vieilli , si cruellement vaincu et dispersé , eût pu se montrer aussi compacte 9 aussi constant dans de mêmes sentiments y et opposer à une aussi grande infortune une résistance aussi inflexible?
Quant à moi, convaincu que cette résbtance était aussi injuste qu'intempestivje y m'en étant séparé et cherchant ailleurs un point d'appui , je choisis fort mal. Soit irritation des repoussements de cette même société et de Taccueil du Premier Consul , soit entraînement de camaraderie militaire, et influence de l'hostilité républicaine , contre Bonaparte , de Macdonald et de Moreau sous lesquels j'avais fait mes premières armes , je devins presque révolutionnaire. Les conseils de mon père , sa nomination au Corps Léffslàtit le 3i janvier i8o3, le brevet de lieutenant que je reçus le 5 avril, rien de tout cela ne put d'abord me regagner.
Paris alors était plein des états-majors des armées, impatients de leur inaction et irrités de ce qu'ils appelaient la dictature et les usurpations du Premier Consul. Ils taxaient de contre-révolutionnaires ses mesures en faveur des émigrés, et pour le rétabfissement du culte catholique. J'entendis leurs clameurs sans en désapprouver assez le mauvais esprit ; je fus témoin , dans Notre-Dame , de leur indignation , le 1 1 avril, lors du Te Deum pour le Concordat signé huit mois plus tôt. Je neblâmai point assez, ce jour-là, cette