‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 103 sur 311 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

réponse de Delinas à Bonaparte : v Oui y belle capu- « cinade, en effet! C'est dommage qu'il n'y ait manie que qu'un million d'hommes qui se sont fait tuer fi pouf détruire ce que vous rétablissez ! » Les impertinences brutales , que plusieurs autres généraux firent entendre aux Tuileries et aux oreilles mêmes de Napoléon j me déplurent sans doute / mais sans assez me révolter ; je conviens aussi que^ dans la cathédrale j mon attitude ne fut pas la moins irrévérente ; je me souviens même que, au retour du cor-" tége, qui passa devant le Palais-Royal près d'un groupe d'officiers où je me trouvais, nos airs dédaigneux , en réponse aox saluts multipliés du Premier Consul , ne durent certes pas le satisfaire.

Dans ma position , et avec le but que je me proposais, tout cela était absurde. Ce fut im propos grossier de Moreau qui commença à m'ouvrir les yeux sur la fausse direction que j'avais prise. J'avais été le voir un matin rue d'Anjou-Saint-Honoré ; la conversation s^était établie devant moi, entre Grenier ou Lecourbe et lui, sur l'armée française au temps de Louis XV; j'écoutais comme des oracles les jugements, fort peu remarquables cependant, qu'il en portait, car sa parole, comme ses manières, était commune; lorsque, oubliant ou ignorant ma parenté , il qualifia dans des termes sales et méprisants tous les généraux , sans exception, de l'ancien régime. Cette insultante trivialité me fit monter le sang à la figure. Blessé dans mon grandpère si brave , si mutilé , et dont je portais le deuil, je me retirai aussitôt, d'autant plus irrité qu'il m'avait été impossible de répondre à cette brutalité injurieuse.

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Depuis je n ai revu ce général qu'au Temple , à Tun des interrogatoires qu*on lui faisait subir, où la curiosité m'avait attiré , et où , toujours irrité contre lui, mais par égard pour son malheur, j'évitai de m'en laisser apercevoir.

Je n'avais rien à craindre de pareil de Beurnon* ville et de Macdonald } pourtant y rentré chez mon père, on me fit comparer cette grossièreté hostile à la grandeur d'àme de Napoléon , profitant de la fête du i4 juillet iSoi pour recueillir et inaugurer aux Invalides les restes épars de Turenne ! On me fit remarquer ses efforts }>our relever, pour rallier à son pouvoir tous les proscrits victimes des gouvernements révolutionnaires ; on me rappela , encore plus à propos, que, pendant mon séjour en Danemarii, ayant appris dans quel dénûment vivait mon grand-père, dont il avait jadis reçu ses premiers brevets, il avait, par une pension, adouci les derniers moments de son infortune; puis la noble réception faite à ce vieux guerrier, quand il alla aux Tuileries remercier le Pren;ier Consul. Bonaparte avait été au-devant de luil Dans leur court enlretien il s'était montré déférant; et, le reconduisant jusque sur l'escalier, il avait voulu que sa garde prtt les armes , que les tambours battissent aux champs, qu'enfin elle lui rendit tous les honneurs militaires dus au rang, alors aboli, de maréchal!

Ce contraste entre une malveillance trivialement injurieuse et ces égards généreux, ces témoignages de considération pour mon grand-père , comme pour nos gloires aristocratiques, touclia profondément

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