‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 109 sur 311 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Je ne sais plus comment j^appris que c'était pour être attaché à Vétat-major particulier du Premier Consul ; mais je me souviens bien que mon premier mouvement intérieur fut d*hésiter à obéir. Quoi qu'il en soit de cette jactance j à la fois royaliste et républicaine j le fait est que, mon père aidant , je me trouvai le lendemain , à Theure dite , à Saint-Cloud , dans la galerie de Mars j où Duroc me présenta à Bonaparte. Ce fut là que deux mots, beaucoup trop flatteurs , de la bouche de ce grand homme, en me confondant d'étonnement, m'attachèrent décidément , et entièrement , à sa personne. « Citoyen Ségur, » me dit-il à haute voix au milieu d'une foule de sénateurs , de tribuns , de législateurs et de généraux , « je vous ai placé dans mon « état-major intérieur; votre devoir sera de coma mander la garde montante qui veille près de moi. « Vous voyez la confiance que je mets en vous, vous « y répondrez; votre mérite et vos talents vous pro- « mettent un avancement rapide! d^

Enchanté , autant que surpris, d'une réception aussi flatteuse , dans mon trouble je répondis par quelques mots de reconi^aissance et de dévouement que Napoléon reçut avec l'un de ces sourires dont la grâce était indéfinissable; puis, continuant à traverser cette réunion nombreuse de personnages, tous plus ou moins considérables, il se rendit à la tribune de la chapelle où il entendit la messe. Cependant, ivre de joie, d'amourpropre comblé , dépassé même , et me sentant à peine marcher à terre , je parcourus ces salles brillantes , j'en pris possession ; je retournai , je m'arrêtai à la place que d'ici je crois voir encore , où je venais d'entendre des

paroles pour moi si honorables; je m'y recueillis , je me les répétai cent fois 1 II me semblait qu'elles m'associaient y qu'elles m'identifiaient à la gloire du conquérant de l'Italie , de l'Egypte et de la France l Je ne sais le temps qu'il faisait réellement dans ce jour d'automne; mais ce jour-là m'est resté dans la mémoire, comme le plus beau , le plus brillant jour de Tannée, que j'eusse vu luire encore 1 Toutefois j*élais interdit : la nécessité de justifier Topinion, au moins fort prématurée, d'un aussi grand homme, m'inquiétait! Aussi, quand je fus i;fevenu à Paris dans la modeste demeure de mon père , ce ne fut qu'en rougissant et à demivoix que j'achevai mon récit , redisant cette louange qui devait paraître si invraisemblable. C'était alors moi seul que je considérais comme un usurpateur, tant fe me sentais au-dessous d'un pareil éloge.

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