CHAPITRE m
son plus vif désir était sa consécration^ au dehors comme au dedans, par l'aveu des Gouvernements anciens. Des le surlendeniain de son installation, il proposa donc la paix, dans une lettre de sa main, au Roi d'Angleterre. Le ministère anglais en repoussa la forme et le fond par une note hostile, pleine de récriminations plus ou moins fondées. La restauration du trône des Bourbons . y était indiquée, sans toutefois en faire une condition indispensable. Napoléon remarqua cette sorte de concession; il en attendit TefTet d'un temps meilleur. Quant au reste , se déchargeant sur le gouvernement anglais de la responsabilité des maux de la guerre , il s'autorisa de sa démarche pacifique ainsi repoussée , pour adresser, au nom de l'honneur, un appel plus belliqueux que jamais à toute la France.
On vit bien alors que la promptitude de décision et d'action, commune à tous les grands hommes, est Tune des causes principales de leur fortune, soit qu'elle crée Toccasion favorable ou qu'elle s'en saisisse à temps ; soit qu'elle prévienne l'occasion contraire toujours prête à naitre. Ce fut ainsi que la rapidité du coup d'État du 18 Brumaire eut un à-propos remarquable. Quelques jours plus tard, des dépêches accusatrices de Kléber eussent donné des armes au Directoire contre Bonaparte..
Ces inculpations calomnieuses portaient sur le dénùment absolu dans lequel Kléber accusait le général en chef d'avoir abandonné, au moment du plus grand danger, son armée d'Egypte. Adressées au Directoire, elles tombèrent aux mains du Premier Consul ! Napoléon, soit politique ou générosité, ne parut pas s'en
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émouvoir. Il continua à Kléber son commandement en chef; il ranima le courage de ce général par des éloges publics , par des instructions secrètes et par la promesse de prompts secours , qui lui seraient parvenus sans la déplorable irrésolution de Gantheaume. Toutefois, attaqué dans son honneur et dans sa gloire, Bonaparte fit préparer une réfutation détaillée et victorieuse, en réponse à ces imputations, dont, quelque duplicata intercepté pouvait avoir donné connaissance à rAngleCerre.
Il avait alors fallu remanier le ministère. Ici, les noms suffisent à l'éloge; la plupart, à divers titres, sont restés célèbres : Talleyrand , aux affaires étrangères ; Lucien Bonaparte, à l'intérieur ; Gaudin, toujours aux finances. Quand Berthier, bientôt devenu nécessaire ailleurs, laissa libre le portefeuille de la guerre, une juste reconnaissance appela Carnot à le remplacer. Cambacérès venait d'être appelé au Consulat : « Ci- « toyen, dit à Abrial le Premier Consul, je ne vous (c connais pas; niais on m'assure que vous êtes le plus a honnête homme de toute la magistrature : c'est pour tf cela que je vous ai nommé ministre de la Justice ! »
Déjà commençait ce Conseil d'Etat à jamais illustre, foyer de lumières, faisceau de talents classés et maintenus chacun dans la sphère qui lui était propre, et tous fortement réunis autour du génie universel qui les présidait. Il les dirigeait, il les excitait dans cette œuvre immense et immortelle, qui du chaos, résultat du bouleversement de 1789, fit sortir l'admirable édifice d'administration et de législation de la nouvelle France, et réalisa, dès les premières années du siècle