‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 12 sur 311 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

OÙ nous \ivons, k plupart des biens rêvés par Futopie rëvolulionnaire de la fin du dernier siècle.

Docile à son inspiration, à l'impulsion de sa main puissante , dès lors tout s'ordonna et s'agrandit ; tout tendit en haut; tout s'éleva vers le bien et le mieux possibles. L*histoire n'oflre rien de comparable à l'élan laborieux et soutenu de tous ces esprits; ascension bienfaisante et lumineuse , qui, de cette fange sanglante où la retenaient souillée les démagogues, releva et replaça presque soudainement la France en tête de la civilisation moderne !

De là ces admirables institutions que le temps a consacrées : tellesque cette organisation financière déjà citée ; la création mémorable de la Banque de France ; l'organisation hiérarchique des Cours de Justice; la confection , dès lors commencée , des codes qui nous régissent ; la puissante et salutaire division administrative du territoire en préfectures et sous-préfectures ! Ajoutez à ces actes et à tant d'autres que l'histoire a consignés, la réconciliation de la République avec la plus grande partie de l'émigration •volontaire et involontaire ; la guerre civile d'abord suspendue par la révocation de la loi des otages, par la protection donnée à tous les prêtres, et par un armistice appuyé de la présence imposante , dans la Vendée, de soixante mille hommes sous Hédouville, général conciliant, dont les négociations avec le prêtre Bernier amenèrent une paix définitive. Quant à la Bretagne et à la Normandie, dès le second mois de 1800, la force des armes et l'exécution trop sanglante de Frotté, que ne put prévenir la clémence tardive de Napoléon, y terminèrent

la guerre des chouans presque aussitôt que la guerre vendéenne.

De même au dehors, il fit tout pour répondre à l'opinion publique. Elle était alors si enthousiaste, que , espérant de lui jusqu'à l'impossible, elle lui demandait la paix, sans l'attendre de la victoire qui déjà se préparait. On a vu les propositions de Bonaparte à l'Autriche et à l'Angleterre; on remarquera encore, dans rélection à Rome d'un nouveau Pontife favorable à la France, l'influence de la bonne renonunée qu'il avait laissée en Italie. En même temps notre alliance est préparée avec la Russie et resserrée avec la Prusse par la mission de Diuroc, chargé d'offrir à Frédéric- Guillaume le rôle honorable de médiateur, et celui de pacificateur de toute l'Europe.

Maintenant, quand, de l'aveu de tous, cette régénération, cette œuvre de salut public, ne tenait qu'à un seul homme; quand, pour l'accomplir, son autorité dictatoriale en était la condition première et indispensable; quand lui-mêmq, et à juste titre, en avait la conscience, doit-on s'étonner que son ambition se soit plu à se faire de cette nécessité un droit au pouvoir suprême ? Sa marche rapide vers la concentration de cette puissance en lui seul, ne fut dissimulée qu'autant qu'il le fallait pour y conserver quelque pudeur et y préparer l'opinion. Dès son premier avènement, ainsi que les institutions, les lieux parlèrent; il montra son but dans la distribution des divers palais aux Corps Politiques. Le palais du Luxembourg, le palais Royal et le palais Bourbon , furent assignés au Sénat , au Tribunat et au Corps Législatif. Quant au palais des Tui-

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