CHAPITRE Vil
guerriers irrësbtibles , el de la vénération qu'imposent des vétérans, fiers de dix ans de travaux et de victoires! En face de tels hommes, qu'était-ce que vingt-deux ans , quelques missions et deux campagnes? Ge ne fut donc pas, je Tavoue, sans un pénible effort contre une juste pudeur, que moi , si nouveau , je comparus devant . leurs rangs , et que je réussis à prendre cet air d'assurance et ce ton d'autorité qu'exige le commandement nûlitaire.
Ce premier moment passé , quant au reste , n'ayant qu'un devoir aisé à remplir, qu'à bien vivre avec les officiers et à tenir leur table de service , on comprendra qu'il me fut facile d'acquérir leur confiance et leur amitié. La différence d'origine et d'éducation ne me fut point un obstacle ; et ici je dirai même que , malgré la guerre de classes qui existait encore dans toute sa première chaleur, j'ai toujours éprouvé que, avec quelques précautions, partout un nom illustré, loin d'être un embarras, devenait un avantage. Comme tout avantage, celui-ci avait ses inconvénients sans doute, au-devant desquels il fallait aller. Et en vérité , s'il est convenable et prudent de se faire pardonner, par ses égaux , des avantages acquis par son propre mérite , il l'est bien plus d'aller au-devant delà jalousie qu'inspire une distinction transmise et que l'on ne doit qu'au hasard de la naissance. Le premier moyen , et le plus naturel, était de ne s'en point targuer, et de paraître même n*y songet pas. Mais comme ceux à qui Ton avait affaire y songeaient pour vous sans cesse, si on joignait à cela une simplicité bienveillante et affectueuse, et la conviction interne, et apparente, que le
mérite personnel doit avoir, avant tout et partout , la préséance , il ne restait plus qu une difficulté à vaincre, celle qu'impose, en tous les temps, un nom transmis plus ou moins illustre , et l'obligation de prouver que, sans vouloir sottement s'en enoi^eillir, on en est digne , qu'on le porte bien , et qu'on mérite les re* gards et les égards qu'il vous attire.
Pénétré de ces sentiments innés en moi , car je les tenais de mon père , je me fis bientôt des amis de tous ceux qui m'entouraient. Quant à la modification de mes opinions, et à leur conformité avec ma situation nouvelle , telle que le devoir Timposait , cette transformation s'opéra naturellement. Chacun sait combien un tableau quelconque change d'aspect , selon le point de vue auquel on se place , et quelle variété d'impressions et de jugements il inspire alors. Cette influence, lorsqu'il s'agit de politique , est bien autrement puissante. Or ce n'était plus d'un coin pauvre, obscur, et au travers d'une atmosphère de mécontentements et d'envie, que j'envisageais la situation publique et le grand homme qui la dominait; c'était placé près du centre même d'attraction de cet astre puissant qui entraînait à sa suife, dans une irrésistible traînée de lumière éblouissante , et la France et l'Europe entière! J'en éprouvai bientôt tout l'ascendant.
Combien ,d'ailleurs , ma position était devenue prospère! Vie enivrante, toute de transports, au milieu de trophées , sous les yeux d'un héros objet d'une admiration continuelle, dans l'auréole même de sa gloire dont tous mes pas désormais seraient éclairés! Réalités, illusions, tout concourait. Jamais Pars n'eut