CHAPITRE IV. 23S
était contraint à nous payer son tribut de soixante et douze millions comme contingent de guerre.
Cependant l'inutile bombardement de nos ports, depuis le Havre jusqu'à Calais, ^vait été entendu par Bonaparte. Il avait distribué le blâme ou l'éloge, selon la faiblesse ou Fénergie de la résistance, et luimême, en prescrivant les moyens d'augmenter la portée du tir de nos batteries, avait forcé l'ennemi à respecter notre littoral. Il semblait du reste toujours exclusivement occupé, à Saint-Cloud, du travail de son cabinet, de ses Codes et de ses Conseils ; mais de là, dirigeant, jour et nuit, la France transformée en un camp, en un chantier, en un vaste arsenal de guerre , tout se préparait pour la descente , comme sous ses yeux, par un continuel envoi d'officiers, d'aides de camp et de ministres.
Dès l'automne de i8o3 plusieurs corps d'armées étaient rassemblés sur les bords de la Manche ; et plusieurs détachements de la flottille, doublant les caps en dépit des vaisseaux anglais, se réunissaient devant Boulogne. Le 4 novembre il y reparut tout à coup lui-même, en rade, sur une péniche, à la tête de cent voiles canonnières. Attaqué par l'amiral Keith, il lui tint tête, et força victorieusement l'escadre anglaise de reculer au large. Les jours suivants, après avoir exercé ses troupes à des manœuvres d'embarquement, fixé les points de réunion et de départ de la flottille , et jeté l'alarme la plus vive au sein de l'Angleterre, il retourna à Paris, où bientôt de ftcheuses nouvelles d'outre-mer vinrent l'assaillir, sans toutefois faire pâlir son étoile.
us LIVRE SEIZIÈME.
II y apprit que Linois, Decaen et leur escadre , envoyés dans Tlnde, n'avaient réussi qu'à y échapper aux forces britanniques ; et que cette troisième année du siècle , et la quatrième de son Consulat, si brillante pour lui sur le continent, si progressive pour le développement de son autorité , se terminait dans les Antilles par une effroyable catastrophe !
On se souvient du départ de l'expédition de Saint- Domingue à la fin de 1 80 1. Napoléon s'était alors décidé à dompter Toussaint l'Ouverture, nègre de soixante-cinq ans , d'un génie analogue au sien , aussi actif, aussi dominateur, et sans doute plus dissimulé. Ce nègre s'était rendu maître de la colonie française et espagnole, malgré nos envoyés ou tromr pés ou rebutés , en dépit du mulâtre Rigaud encore dans le Sud , et d'une descente anglaise dans l'Ouest qu'il avait vaincue. Il avait accru le bien-être de cette ile par l'ouverture de ses ports au commerce de toutes les nations ; il y avait rétabli l'ordre, le travail, et protégé les hommes des trois couleurs dans son armée, comme sur les habitations redevenues riches et florissantes.
Ce grand homme, inculte, attentif à notre Révolution, en avait imité les dernières phases. Il s'était iait déclarer Gouverneur Général, d'abord pour cinq ans, et ensuite à vie, par une assemblée coloniale. En même temps, nous laissant en France ses enfants en otagm, dans les mains de Vincent son envoyé , il avait protesté de sa soumission à la métropole.
On eût peut-être dû, ou accepter cette suzeraineté, ou se servir contre ce nègre du parti mulâtre ; inab