‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 135 sur 311 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pendant que l'Angleterre , effrayée , s'épuise en préparatifs de défense , que Pitt ressaisit le ministère , que, échappé de son exil, Pichegru lui offre sa trahison, et Dumourieznos anciens plans de descente, en France, toutes nos forces les plus vives achèvent de s'assembler, comme d'elles-mêmes, sur le littoral. La main qui meut tous ces ressorts de guerre le fait avec une facilité si puissante , que , tout à la fois et comme en pleine paix , on la voit continuer l'œuvre admirable de la régénération administrative et judiciaire de la France! Le i5 janvier i8o4 Napoléon commence la cinquième amiée de son Consulat en présentant aux Chambres le Q>de Civil ; puis il fixe à cinquante mil lions la dette publique : il fonde ainsi le système de crédit ; et par l'institution des droits réunis il soulage la propriété foncière, qu'il dégrève encore malgré la guerre!

Ajoutons ici que, s'étendant sur mille détails , dans les musées, dans toutes les bibliothèques civiles et militaires , l'impulsion de cette même main se reconnaît aux soins actifs et intelligents qui y rétablissent l'ordre, y rassemblent de toutes parts les chefsd'œuvre des arts, des sciences et des lettres, et y recueillent les manuscrits précieux; en même temps cent ingénieurs, explorant le territoire français et allié, portent à un nouveau degré de perfection nos connaissances topographiques : cette prodigieuse si-

multanéité d'œuvres si diverses exalte de plus en plus rentlîousiasme de la France.

Mais ce que chacun de nous y témoins plus intimes de la \ie privée de Bonaparte , doit à sa mémoire, sans contester son ambition , qui dès lors tendait évidemment au pouvoir suprême , c'est d'attester la grandeur de sa pensée tournée tout entière et sans cesse au bien public; sa bienfaisance pour les infortunes privées; sa douceur, son économie , sa simplicité dans ses habitudes intérieures; la constance de son attachement pour ceux qui Fentouraient ; enfin le calme de son esprit au milieu de mille trahisons et des dangers secrets . dont ses pas étaient environnés. Car alors chaque instant lui révélait une perfidie nouvelle et lui décelait un nouveau piège dressé contre sa vie. Plus il dévouait son génie au bonheur de la France et plus die s*en montrait reconnaissante y plus racharnement de ses ennemis redoublait d'inventions atroces !

A cette époque , c'était à Saint-Qoud et pendant l'automne de i8o3y je me trouvais chargé presque exclusivement de la garde de sa personne. Parmi les officiers qui me secondaient, ceux de la gendarmerie d'élite me confiaient firéquemment les motifs de leurs inquiétudes. Tantôt c'était le projet éventé d'une embuscade sur la route de Malmaison , d*où Ton devait s'élancer sur la voiture du Premier Consul ; tantôt celui d'une mine creusée sous une partie du chemin de Saint-Goud et sur son passage , dans un lieu choisi où un embarras l'arrêterait. Une autre fois, et sur un bloc de marbre placé près de la porte-croisée du cabinet de Napoléon , celle qui ouvrait sur la terrasse

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