CHAPITRE V. 24S
dans Tautre monde , quand il demanda grâce au prix de révélations, que reçut Murât d'abord, et qui parurent invraisemblables. Il faut ici se rappeler que Fouché y devenu sénateur, n'était plus ministre ; que son ministère supprimé avait été réuni à celui de la justice ; et que la police mal dirigée demeurait frappée d'aveuglement au milieu de ce péril.
Querelle n'avait pu dénoncer que le premier débarquement, celui de Georges, il y avait six mois , à ta (a^ laise de Biville , sur laquelle il s'était élevé , comme les contrebandiers, au moyen d'une corde, dans une fente de rochers; puis, se cachant de gîte en gîte, il avait pénétré jusque dans Paris. Mais, la trace étant dépistée. Napoléon s'en était saisi; il avait excité Real, alors chef de la police; il s'était aidé des avis de Fouché, de l'activité de Savary, colonel des gendarmes de sa Garde, et bientôt deux autres débarquements avaient été reconnus. Quant aux noms des conjurés, ils étaient ignorés encore, excepté celui de Georges; on savait seulement leur nombre , et que leur but était d'assassiner le Premier G)nsul! Telle avait été la cause de cette alarme nocturne dans le château des Tuileries, et des précautions subites qu'on m'avait fait prendre.
Ce fut alors que , sur la ligne d'étapes des complices de G^i^es, Danou ville fut saisi, et que, conduit au Temple , il s'y pendit de désespoir. Ce suicide confirmait la gravité du complot sans donner d'autres lumières, lorsqu'enfin , le 12 février, Bouvet de l'Ozier, autre conjuré que l'on venait d'arrêter, voulut s'étrangler comme Danouville. Mais Bouvet, secouru à temps , fut rendu à la vie et à sa détresse , dont les premiers
cris involontaires nommèrent Pichegru; après quoi, se décidant , il accusa formellement rambition dbmplice f mais irrésolue et républicaine , de Mcxreau , d'avoir trahi ^ à son profit j la cause royale !
Dès lors on sut que, après l'envoi de Lajolois en Angleterre et son retour avec Pichegru , une première entrevue de Georges , de Pichegru et de Moreau avait eu lieu , le a6 janvier ^ sur le boulevard de la Hadelrine ; puis une seconde chez Moreau lui-même ^ avec Pichegru, et une troisième enfin, à Cbaillot, chez Georges Cadoudal. Une exclamation de Pichegru suffit pour indiquer quelle fîit, dans cette conjuration , la triste
part de Moreau. a Ce b -là, s'était-il écrié en le
a quittant , a aussi de l'ambition ; il veut régner, lui a qui ne serait pas en état de gouverner la France « vingt-quatre heures! »
Un second cri de désappointement, recueilli de même , dévoila aussi ce qui avait empêché la conspiration d'éclater à temps. Ce jour-là Georges découragé , ne voyant plus de résultat favorable à la cause des Bourbons dans le meurtre du Premier Consul , avait ajouté : <c Usurpateur pour usurpateur, j'aime encore a mieux Bonaparte que ce Moreau ! Celui-ci n*a ni « cœur, ni tête ! » Toutefois il est certain que , ak»s même , Georges , ne se croyant pas découvert , persista dans le projet de se défaire du Premier Consul.
A la première nouvelle d'une complicité si inattendue , une exclamation d'étonnement s'échappa de la bouche de Napoléon, a Moreau! s'écria-t-il , quoi! (c Moreau dans une conjuration semblable! Lui, le « seul qui eut des chances contre moi, se perdre aussi