‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 139 sur 311 · CHAPITRE V. 24T · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 24T

cr maladroitement! J'ai une étoile! » Pourtant, dans les journées des i3 et 1 4 février , ne se laissant pas entraîner y il se refusa à son arrestation, a Non, cr répondit-il; c'est un personnage trop considérable; ce j'ai un trop grand intérêt à sa culpabilité; l'opinion « publique s'attacherait à cette conjecture; il faut « d'autres preuves , et d'abord celle de la présence ce ici de Pichegru ! »

On ne tarda pas à la lui apporter. Pichegru avait un frère à Paris. C'était un ex-moine , lequel , mandé subitement et interrogé , avoua dans son trouble qu'il venait de voir ce général. Aussitôt , dans la nuit du i4 au i5, un Conseil fut réuni , et l'on envoya saisir Moreau à sa campagne. Il fut arrêté le iS, vers huit heures du matin , sur le pont de Charenton comme il revenait de Grosbois. On le conduisit au Temple.

Ici, et malgré les horreurs révolutionnaires dont les premiers pas de Napoléon avaient été environnés ; malgré ses rapports avec l'immoral gouvernement du Directoire; malgré les nécessités machiavéliques que le gouvernement de deux pays conquis, l'un corrompu, l'autre barbare , et que celui de la France , depuis quatre ans, avait imposées à ce conquérant; enfin, en dépit des irritations d'un pouvoir contesté et du dégoût qu'inspire si souvent Tespèce humaine mise à nu devant nos yeux , on retrouve encore avec joie dans un premier mouvement de ce grand homme , les premières , les pures et nobles émotions de sa jeunesse , celles du vainqueur généreux de Mantoue et de Wurmser, celles de son jeune héroïsme à la fois antique et chevaleresque.

Jusque-là y de la part de Moreau tout avait été pour ' lui repoussements et hostilités. Maintes fois ce général avait répondu par le dédain à ses avances. Dans ses manières il afiectait de ne point reconnaître Tautorité du Prehiier Consul ; dans ses paroles il traitait Bonaparte d'usiupateur ; et voilà que, déjà soupçonné une fois, quoiqu'à tort sans doute, de complidlé avec Pichegru , on le retrouvait une seconde fois en flagrant délit d'association avec ce traître! Celle-ci parut â révoltante que , dans le Conseil , on proposa une commission militaire et des mesures promptes et rigoureuses. Napoléon les repoussa , soit justice ou politique, et cela ne mérite aucun éloge ; mais il fit plus : ému d'une chute si grande, et oubliant tant de griefe, il tendit une main généreuse à son adversaire ; il s'efforça de le retirer de cet abîme; il lui fit proposer par Régnier, avant tout interrogatoire, de venir s^expliquer avec lui seul , promettant que tout se terminerait entre eux , dans un entretien secret.

Mais Régnier était peu propre à cette mission officieuse. Il l'accomplit froidement, fut reçu de même, et y substitua sur-le-champ un interrogatoire officiel. De son côté Moreau , soit froideur d'âme , soit médiocrité d'esprit , comprit mal sa position , le degré de sa culpabilité, et l'inutilité de ses désaveux. On lui avait caché les dépositions de ses complices ; il se renferma dans une hautaine dénégation , et Napoléon se décida enfin à l'abandonner à la justice.

Ce jour-là, selon mon service, j'accompagnais le Premier Consul de son cabinet à son Conseil d'État , où, sur le rapport de Régnier, il venait de se résoudre

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