CHAPITRE III
« mort du brave Benezète ; vous avez l'un des cent « sabres d'honneur; tous les soldats étaient d'accord « que c'était vous qui le méritiez le plus. Je désire « beaucoup vous revoir; vous allez en recevoir « l'ordre! »
Ce fut alors aussi que Murât épousa la seconde sœur du Premier G)nsul. Une longue disgrâce j qui avait duré depuis le blocus de Mantoue jusqu'à la fin de la campagne d'Egypte , l'avait éloigné de Bonaparte. Le prétexte apparent avait été un instant d'hésitation devant Wurmser ; la cause réelle, une sanglante indiscrétion de ce jeune aide de camp , l'un des plus beaux officiers de l'armée, après qu'il eut ramené, de Paris à Milan, madame Bonaparte. Le temps, mille actions héroïques, et l'expulsion des Cinq- Cents, le i8 Brumaire, avaient alors effacé ce souvenir. Pourtant, quand, au Luxembourg, Murât, devenu l'itn des chefs de la garde consulaire , lui demanda la main de Caroline , le preïnier mouvement de Napoléon fut contraire à ce général. Il allégua l'obscurité de son origine. On y opposa son héroïsme. «Oui, répondit <i Bonaparte, cela est vrai, j'en conviens. Murât était « superbe à Aboukir! »
Ainsi ébranlé, deux considérations achevèrent de décider le Premier Consul : l'une , que l'observation des secrets les plus intimes du cœur humain, le même partout, peut seule expliquer, fut la secrète satisfaction qu'il éprouva de l'intercession de madame Bonaparte en faveur de ce mariage ; l'autre , toute politique, prouve la vérité de ce que, en d'autres termes, Napoléon nous a souvent dit lui-même : « Que sa
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0 vnsiknAie ambiliei^e fut graduelle et propc»lionnée «r aux événements ; que cette ambition s^aocrut succes> « nhement et selon les circonstances ; qu'enfin le but « si élevé auquel elle devait atteindre ne fut d*abord # nullement prémédité. j> En effet, dans ce moment, ne songeant qu*à la nécessité présente , celle de consolider son nouveau pouvoir, sa pensée fut de plaire à Tannée et de rassurer Topinion des républicains par celle alliance toute plébéienne. Or celui qui, du fils d'un simple aubergbte, quelque héroïque, quelque clievaleresque qu*il se fût montré, faisait son beaufrère, ne songeait vraisemblablement pas alorsà mettre sur sa tête la couronne de Charlemagne , et à s'allier lui-même au sang de Tantique Maison d'Autriche.
A ces ménagements pour l'opinion publique , Bonaparte, en se satisfaisant lui-même, en ajouta d'autres , tel» que ces visites dont il se plut à honorer les anciennes renommées scientifiques échappées à la faux révolutionnaire, et plusieurs personnes protectrices, en 1795, de son infortune. Il commença dès lors aussi à orner Paris de constructions et de ponts nouveaux, et à faire nettoyer les places et les rues de ces misérables masures qui encombraient jusqu'aux abords des plus beaux établissements de la capitale. Kn même temps, a-t-il dit lui-même, il excitait au luxe dos vêtements et des ameublements pour satisfaire lu classe marchande ; et il rétablissait, pour distraire de sii politique, les fêtes , les mascarades et tous les anciens plaisirs du carnaval.
D'autre |>;irt la juste fierté de son langage relevait la Franco à ses propres yeux , comme à ceux de l'Eu-