CHAPITRE III
leries y demeure royale , puis séjour de la dictature conventionnelle y Napoléon se le réserva.
Ce ne fut qu'environ sept semaines après son élection qu'il en prit possession ; soit qu'il crut devoir attendre que le vote de la France l'eût confirmée y soit que ce temps lui eût paru indispensable pour purifier cette habitation, et pour entourer l'entrée qu'il y voulait faire de certaines précautions contre l'effarouchement du parti républicain. Ces précautions furent diverses et nombreuses : il y fit d'abord inaugurer le buste de Brutus, puis ceux des grands hommes de l'antiquité et des temps modernes. Les statues des hommes célèbres de la monarchie, celle du grand Condé entre autres, y furent remarquées près de Dugommier et de Joubert. Il semblait que, en transformant ce palais en temple de la Gloire , il y eût ainsi d'avance marqué sa place.
Quelques jours avant cette prise de possession la nouvelle de la mort de Washington était arrivée. Il y avait là une comparaison à craindre : il la prévint en s' emparant de cet événement ; il prit le deuil, le fit prendre pendant dix jours à l'armée , fit couvrir de crêpes les drapeaux , et dans une cérémonie funèbre imposante , qu'un discours de Fontanes immortalisa , il inaugura lui-même , au milieu des drapeaux d'Aboukir et sous le dôme des Invalides, la mémoire et le buste du héros républicain de la Liberté Américaine.
Ce fut vraisemblablement par une précaution en apparence tout opposée, que, l'avant-veille de son installation aux Tuileries, la liberté de la presse fut restreinte et le nombre des journaux limité : acte légal
alors et d'ailleurs si indispensable à la paix intérieure , à nos relations extérieures ^ et aux nécessités de la guerre, qu'il fut généralement approuvé.
Enfin une pompe toute guerrière signala l'entrée dans le palais des Rois, du Premier Consul. Dès lors les séances continuelles de son Conseil d'État et des revues régulières dans la cour de ce château y consacrèrent le pouvoir civil et militaire du héros législateur. Dans ces revues si fréquentes, où il achevait de s'assurer de l'armée, on le voyait entrer dans des soins d'un détail infini pour le bien-être du soldat : il visitait leurs sacs; il inspectait leur habillement, s'enquérant de leurs besoins, les exaltant de mots heureux , se montrant instruit de leurs actions glorieuses, et leur en prodiguant de justes récompenses; puis, les faisant défiler devant lui , il les transportait tous à la fois d'un noble orgueil en se découvrant respectueusement devant ceux de leurs drapeaux que la guerre avait mutilés. Alors , soldats, peuple, tous applaudissaient, tous répondaient par des exclamations enthousiastes. Partout où il se montrait, c'était à chacun de ses pas, à chacun de ses mouvements un nouveau triomphe ; les regards avides ne pouvaient se lasser de la contemplation de ce grand homme, dont les moindres actions paraissaient empreintes d'héroïsme !
Ces séductions s'étendirent aux absents comme ^ux présents. Léon Anne , un simple grenadier de l'armée d'Italie , avait osé lui écrire ! « Mon brave camarade , <c lui répondit-il en l'appelant dans sa garde, vous n'aa vez pas besoin de me parler de vos actions; vous « êtes le plus ^ brave grenadier de l'armée depuis la