‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 143 sur 311 · CHAPITRE VI. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 2S

tance serait vaine 1 » Par une même fatalitë le Duc , se laissant désarmer , s'abandonna à ce funeste conseil.

Dès lors y la porte ayant été ouverte , on s'empara des lieux ^ des gens et des armes. Cependant Chariot , parvenu devant le Duc , lui avait demandé son nom. (c Vous devez le savoir, » lui répondit-il. Sur une seconde interpellation il ajouta : « N'avez-vous donc « pas mon signalement? » Le Bailli venait d'accourir; le commandant lui renouvela la même question; et ce magistrat, après un premier refus, finit par nommer le Prince. ^

En ce moment quelques crb d'alarme se firent entendre. Les instructions attachaient tant d'importance à la prise de Dumouriez, que, à ce bruit. Chariot , guidé par Pfersdorf, quittant son illustre et malheureux prisonnier, courut à la maison qu'on disait occupée par ce général. Le premier personnage qu'il rencontra fut le grand veneur de Bade. Il s'en débarrassa en répondant à ses exclamations par une défaite. Mais l'alarme croissait ; un habitant se précipitait vers Téglise ; U criait : Au feu! Il allait sonner le tocsin , quand le commandant, l'apercevant, l'atteignit et , le frappant de son sabre , le détourna de son entreprise. A quelques pas plus loin d'autres habitants, émus d'indignation à la vue des Français en armes chez leur Souverain, se rassemblaient; il les calma, a On n'en voulait, leur « dit*-il, qu'aux émigrés. Le Gouvernement français « était d'accord avec leur Prince ; ils allaient en rece- « voir l'avis; leur devoir était de rester tranquilles. » On le laissa faire. Mais, au lieu de Dumouriez, il ne saisit que le général marquis de Thumery, dont le

nom mal prononcé avait été cause de la méprise.

Revenu près du Duc, il interrogea Grunstein ; et le Prince , s'oubliant pour le défendre , dit au commandant : tf Sans lui j'allais vous tuer; vous lui devez h a yie! » Puis, par regret sans doute de s'être rendu , il tombait dans un silencieux accablement, lorsque, voyant saisir ses papiers , il plaça ses deux mains dessus en s' écriant : <k Ne soyez point étonné, Monsieur; vous (c allez voir la correspondance d'un Bourbon , d'un « Prince du sang de Henri IV ! » Et comme les lettres de la Princesse de Rohan n'étaient pas' épai^ées , il ajouta : « J'espère que vous mettrez toute la discrétion (c possible pour ce qui ne regarde pas le Gouverne- «r ment. » Enfin , lorsqu'il eut subi toutes ces douleurs, et que les gendarmes vinrent rendre compte de l'inutilité de leurs recherches ultérieures , s'apercevint avec surprise que Dumouriez en était l'objet , il reprit : « Je ce vous donne ma parole d'honneur qu'il n'est point (c ici. 11 se peut que Dumouriez soit arrêté avec des <c instructions de Sa Majesté pour moi, mais je ne l'ai « point vu et j'ignore oit il peut être. »

Il fallut alors que Finfortuné Prince se laissât entraîner prisonnier, au milieu de nos soldats, avec les généraux Thumery et Grunstein, le lieutenant Scfamide, deux abbés , un secrétaire et trois domestiques. Il traversa ainsi à pied Ettenheim jusqu'à la porte de ce bourg , oii , reçu par Ordener, il fut placé sur un chariot de paysan précipitamment attelé. On se mit aussitôt en marche pour regagner le bord du Rhin. Dn bivouac de cavalerie y était établi; en l'apercevant le Prince s'écria : <t H parait qu'on attachait une grande

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