CHAPITRE VI. 2S
« qu*ils se rassemblent dans Ëttenheim ? On m'attaque « au corps! U est temps enfin que je rende ] guerre « pour guerre! Il faut que la tête du plus coupable «c m'en fasse justice ! »
Déjà y depuis quelques jours , d'autres paroles semblables avaient échappé à son indignation ; sa résolution était prise. Cambacérès entendit cette dernière exclamation qu'il prit pour un premier mouvement de colère ; il essaya de la calmer^ mais une réponse foudroyante l'arrêta ; et aussitôt y à l'issue d'un Conseil Privé, composé du Grand Juge , de Fouché , de Talleyrand , et des deux Consuls y où quelques objections de ceux-ci ne furent point écoutées , Caulaincourt et Ordener furent expédiés, l'un pour Strasbom^ , l'autre pour enlever le Prince dans ce qu'on appela mal à propos son quartier général d'Ettenheim.
Le i6 mars, à minuit et demi, Fririon, Ordener, trente dragons du 26^ et vingt-cinq gendarmes , passèrent le Rhin à Rheinau , à peu près en face d'Ettenheim. Les gendarmes étaient commandés par le chef d'escadron Chariot, le même qui, deux mois après, et presque sm* le lieu de cette scène, m'a raconté les détails suivants.
Us avaient laissé en réserve sur la rive gauche trois escadrons de dragons du 26"^^. Dans leur marche prompte et silencieuse ils traversèrent, sans être aperçus, trois viUages endormis. Le jour aUait paraître quand ils arrivèrent à la porte d'Ettenheim. Ordener et ses dragons y prirent poste. Chariot entra dans la ville avec ses gendarmes. Pfersdorf , l'un de ses maréchaux des logis , qui la veille était venu reconnaître les
lieux f lui servait de guide. Ils marchèrent droit à la maison qu'occupait le Prince; et sans hésiter, tout étant convenu d'avance , le commandant et vingt gendarmes se prolongèrent dans la rue sous les fenêtres , tandis que quatre autres gendarmes , escaladant le mur du jardin y allèrent se placer dans la cour sur la £ice opposée de cet hôtel. Le Prince l'occupait avec deux aides de camp et onze domestiques. 11 y possédait deux millions trois à quatre cent mille francs dans une cassette; ses armes toutes chargées étaient prêtes: il avait soixante coups à tirer.
Cette maison était à peine entourée, que, au bruit des bottes des gendarmes sur le pavé et au cliquetis de leurs armes , une fenêtre s'ouvrit ; un regard rapide fut jeté f et l'aide de camp Grunstein , se précipitant chez le Duc d'Enghien , lui cria : « Vous êtes cerné! » Sur quoi le Prince , se jetant en bas de son lit , saisit un fusil à deux coups , et de sa croisée , voyant passer le commandant français y le coucha en joue : il allait le tuer. Vingt fenêtres, d'où pouvait partir un feu pareil, s'ouvraient à la fois sur la rue ; et de là il n'y avait qu'un pas à faire pour s'échapper, et pour fuir vers la montagne ; mais, en ce moment décisif. Chariot élevant la tête et la voix , cria : a Messieurs, je suis en force ici; « point de résistance, elle est inutile ! » Pourtant le coup allait partir et donner le signal d'une lutte dont toutes les chances, selon le commandant lui-même, eussent été contraires aux assaillants , lorsqu'un &tal génie poussant Grunstein lui fît mettre la main sur l'arme du Prince. 11 la détourna , lui disant : « Qu'il « voyait là trop de inonde, et qu'en effet toute résis-