‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 145 sur 311 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

c reste de mes jours ! J'jeslime Bonaparte ^ je le regarde cr commeun grandhomme ; mais il n'est pointBourbon, « il n'a pas le droit de régner sur la France ; il devait « rendre la couronne à ma famille. »

Le lendemain il sembla qu'un noir pressentiment lui eût fait entrevoir la cruelle destinée qui l'attendait. « J*aurais dû tuer votre mari^ dit-il à la femme du « commandant y j'en avais le droit! Je défendais ma «c liberté; je me repentirai peut-être de ne l'avoir «c point &it! » Sur l'exclamation de cette femme, il reprit : « C'eût été votre faute ; pourquoi ne m'avoir « jpoint prévenu par un billet? — Et comment, réff poddit-elle, Taurais-je pu, puisque j'ignorais tout! » Le Duc d'Enghien ne s'était point trompé : M*"*^ de Rohan vint tout en pleurs supplier qu'on lui permit de le voir, et d'aller à Paris, sans doute pour se jeter aux pieds du Premier Consul ; mais le commandant la renvoya au préfet Schée , qui lui déclara qu'elle ne f verrait point le Prince et qu'elle ne passerait point p Saverne. Sur un reproche qu'il lui fit , elle répondit : « Oui , je sais qu'on lui a pris trop de papiers ! » Néanmoins , il le faut répéter, il n'y en avait pas un seul qui fût relatif à la conspiration de Georges.

Parmi ces papiers , l'attention du commandant avait été firappée par une lettre datée de 1792. Elle était de la mère du Duc , Princesse de Bourbon , dont l'esprit était bizarre, et qui aimait alors les principes constitutionnels ; cette lettre pressait le jeune Duc de rentrer en France, «i Pourquoi ne l'avoir point écouté, m dit-3 au Prince? — Ce n'était point à elle , répon- « dit-il, c'était au Roi seul que je devais obéir! »

260 LIYRE SEIZIÈME. -

Puis j irrité sans doute de ces interrogations , de st position et de tant d'amers souvenirs , pour la prenodère et seule fois il s'emporta; il rappela le meurtre de Louis XVI, de la Reine, de Madame Elisabeth, et maudit la RévoluJ:ion Française. Ce moment-là seul excepté, le commandant se plaisait à me répéter que, dans une infortune si accablante , pendapt ces deux jours , ce Prince avait été d^une politesse sans hauteur et plèbe de la dignité la plus imposante ; que tout en lui fotçait aux plus grands égards, et maintenaità une distance respectueuse; que, dans les instants les plus pénibles,et jusqu'au dernier moment, celui où il vint le réveiller pour lui annoncer qu'il fallait partir de la citadelle, il s'était montré calme et ferme ; même lorsque, au milieu des adieux et des sanglots de ses trois officiers, il leur témoigna le regret d'en être séparé : a Mes amis, leur <c dit-il , je suis fâché de ne pouvoir plus rien faire « pour votre fortune ! »

Tel fut , mot pour mot , le récit que me fit ce commandant sur cette première partie d'une aussi horri!^ catastrophe. Il le termina par ces mots : « Je nus k ce Prince dans la voiture du général Qrdener, et il a partit en poste pour Vincennes ! »

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