CHAPITRE VIL
deux heures après minuit il comparut devant une commission militaire. Le général Hu|in la présidait. Le public se composait d'un aide de camp de Murât , d'officiers et de gendarmes. Le Prince était sans défenseurs. Il dit qu'il était depuis deux ans à Ettenheim, où les plaisirs de la chasse l'avaient retenu. U déclara firanchement qu'il était prêt à faire la guerre à la France , de concert avec l'Angleterre ; mais il protesta « n'avoir jamais eu de relations avec Pichegru , et <c qu'il s'en louait, d'après les vils moyens dont on 9 disait qu'il voulait se servir, si c'était vrai. » Il finit, comme dans son premier interrogatoire , en demandant de vive voix, et par écrit, à voir le Premier G)nsul : a Son nom , son rang , sa façon de penser, « ajouta-t-il , et l'horreur de sa situation , lui persuafr dant que Bonaparte ne se refuserait pas à sa de- « mande. »
Mais l'aide de camp, colonel de la gendarmerie d'élite, avait pris la veille au soir le commandement de Yincennes; il empêcha qu'on transmit cette prière au Premier Consul. Il avait surveillé et pressé le jugement; il en hâta l'exécution. D'Hautencourt en fut chargé; et l'infortuné Prince, aussitôt conduit dans les fossés du château, y fut fusillé , puis enterré dans une fosse creusée d'avance!
Des témoins ajoutent, ce que je n'ai pu bien vérifier, qu'il était alors environ cinq heures; que le jugement était à peine rédigé et signé, et que les juges délibéraient encore s'ils enverraient au Premier O^nsul la lettre du Prince , lorsque Savary, revenant au milieu d'eux, les glaça d'horreur en disant à Hulin : <« De
a quoi VOUS occupez- VOUS là? C'en est feit, il n'existe <c plusl II ne vous reste plus rien à faire! j»
Alors seulement les portes du château s'ouvrirent, et l'aide de camp de Murât retourna près de son général. Il le trouva y vers six heures du matin, couché encore. Il lui rapporta les fermes et franches réponses du Prince , malgré les efforts de ses juges pour lui en montrer le danger, puis son jugement , son exécution immédiate en dépit de sa demande d'être admis auprès du Premier Consul. A ces derniers mots, m'a dit cet aide de camp lui-même , les sanglots de Murât , ceux de Caroline Bonaparte et ces exclamations : «r Ah! «c quelle horreur! Cessez! cessez! vous nous faites « trop de mal ! » l'interrompirent.
Dans cette nuit funeste je me trouvais de service aux Tuileries. Park ignorait l'arrivée du Prince. Le bruit de son arrestation au delà du Rhin conmiençait seulement à se répandre. Elle était déjà connue des royalistes. Un mot d'une femme de ce parti, que je rencontrai dans la soirée du 20 mars, m'en avait donné un premier indice. Convaincu, par tant d'exemples précédents^ de la magnanimité du Premier Consul, j'avais répliqué que^ si le fait était vrai, c'était une occasion qu'il avait voulu se donner de répondre par un acte de générosité à d'odieuses tentatives contre ses jours. Puis, soit doute de la réalité de ce fait , soit autre préoccution , j'étais retourné à mon poste, ne songeant plus à ce bruit j qui déjà devenait public. On l'ignorait au château des Tuileries , vide alors , et d'ailleurs oit la plus grande réserve existait toujours.
Le lendemain matin, à neuf heures, en descendant