CHAPITRE VII
<diez le général Duroc pour rendre compte du service des vingt-quatre heures , je rencontrai sur le grand escalier Tadjudant-major de la gendarmerie d'élite. n venait 9 selon Tusage^ se réunir à moi pour joindre son rapport au mien. Étonné de la pâleur livide ^ de Ja décomposition de sa figure, et du désordre de ses yétementSy je lui en demandai la cause? « Ah !... me « répondit-il en jurant , il n'y a là rien d'étonnant « quancf on vient de passer une nuit aussi affreuse! « — Quoi donc? que vous est-il arrivé? repris-je. » Et lui s arrêtant me répliqua : a II y a eu cette nuit un « coup de foudre ! »
Cette exclamation m'émut sans toutefois m'éclairer; mais, arrivé dans le salon où le général Duroc n'était point encore 9 j*y trouvai Hulin, fort rouge, l'air trèsmonté, allant et venant dans la plus vive agitation. Ce colonel de laQarde était un personnage de trèshaute et forte taille. L'adjudant-major aussitôt le rejoignit, et j'en tendis Hulin s'écrier à plusieurs reprises: ce 11 a bien fait! il vaut mieux tuer le diable que le « diable ne nous tue! » J'entrevis alors une catastrophe.
J'ignorais l'arrivée du Prince à Vincennes ; je'ne pouvais croire encore qu'il fût question de lui. Pourtant, dans mon anxiété , m'approchant de Hulin, je risquai ces mots : u On dit le Duc d'Enghien arrêté ! — Oui! « et mort aussi! » me répondit-il brusquement. Duroc alors étant entré, nous l'entourâmes. Mon rapport fait, sur une brève et presque muette interrogation d'Hautencourt répondit : « Il a été fusillé dans le fossé, ' « à trois heures du matin ! » Alors , sortant de sa poche
un paquet y d'environ trois pouces carré , déformé , comprimé et flétri comme s'il eût été longtemps porté, Tadjudant-major ajouta : « Au moment de mourir, il ce a tiré de son sein ce papier, en mé priant de le faire <c remettre à la Princesse . Ce sont des cheveux , du. • • ! » Ces derniers mots furent dits avec une afïectation d'insouciance qui acheva de me glacer d'horreur de la tète aux pieds. Je me sentis pâlir; il me semblait que la terre se dérobait sous moi ! Mon service venait de finir, je me retirai sur-le-champ dans un trouble inexprimable.
Je connaissais pourtant bien cet adjudant-major; je le savais brave, probe, et ordinairement plein d'humanité et de douceur; mais, soit entraînement hors de sa sphère , dépendance de position , excitations de son colonel , quelle transformation subite ! Voilà donc le danger des trop grandes et graves circonstances pour des hommes que rend trop subordonnés un commencement de fortune toujours chèrement aciielé; sans société assez choisie dont ils puissent craindre le jugement; accoutumés par état à obéir; trop obscurs enfin pour compter avec l'histoire ! Et même encore, parmi lés hommes élevés au miHeu de ces garanties sociales, dont ceux-là étaient dépourvus, combien l'histoire nous en montre pour qui , dans de semblables circonstances, toutes ces garanties ont été insuffisantes! Joignez à ces considérations applicables aux juges comme à l'exécuteur du jugement, la surprise, la hâte, l'habitude d*obéir, une apparence de légalité et cette fatale erreur sur la complicité du Prince dans Fodieux complot de Georges; erreur confirmée par