CHAPITRE VII
de l'essayer du moins. S'il nous faisait défaut encore , nous verrions bien , et alors nous aviserions.
Telle fut, pendant plusieurs jours d'anxiété, de douleur et d'accablement , la marche exacte de nos pensées. Ce parti pris , je pressai aussitôt mon père d'aller rendre aux Caulaincourt et à nos amis leur courage, sans doute ébranlé comme le nôtre. Le dimanche suivant , ^5 mars je crois , devait nous réunir aux Tuileries. Nous nous promimes, sans dissimuler notre affliction réprobatrice, de régler, d'après la résolution convenue, nos paroles et notre attitude.
Ce jour-là l'affluence de toutes les autorités , dans le palais, fut. considérable. Nous n'avions pu communiquer nos sentiments qu'à peu d'amis ; et pourtant l'accord, sans s'être concerté, fut unanime. Caulaincourt, le maintien ferme et décidé, les lèvres serrées, le teint jauni, les traits contractés, semblait vieilli de dix ans; il était méconnaissable. Sa pâleur, quand je lui serrai la main , redoubla ; mais son attitude resta de marbre.
A quelques pas de là, je rencontrai ce même d'Hautencourt dont les paroles à Duroc avaient si cruellement contrasté avec le bouleversement de sa figure. Aux questions que je lui adressai, il me répondit que les derniers mots du malheureux Prince avaient été : < n faut donc moiuîr ! et de la main des Français ! » Puis y sur une dernière interpellation , que j*eus peine à achever : a II est mort en héros! » me répondit-il.
En ce moment Bonaparte reparut au milieu de nous, n traversa la foule entrouverte et silencieuse pour se rendre à la chapelle. Il n'avait point changé
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de contenance. Pendant le sacrifice , quand la prière s'ëlevait aux cieux , je Texaminai avec un redoublement d'attention. lÀy devant Dieu, en présence de sa victime , qu'il me semblait voir réfugiée sanglante à ce tribunal suprême , et tout empreinte des horreurs d'un brusque supplice Je m'attendais , dans l'angoisse de mon cœur, à ce qu'un remords, un regret du moins, se manifesterait sur les traits de l'auteur d'un acte aussi cruel ; mais, quel que pût être son sentiment intérieur, rien en lui ne varia : il resta calme; et, au travers des larmes qui me remplissaient les yeux , sa figure me parut celle d'un juge sévère et impassible ! Je venais de le voir devant Dieu ; je voulus le voir devant les hommes. Je m'attachai donc à ses pas pen* dant l'audience qui suivit. Son abord fut tantôt d'un calme contraint, tantôt sombre, cependant plus accessible peut-être que de coutume. Il parcourut, lentement et en tous sens, ses grands appartements; plus lentement qu'à l'ordinaire : lui-même aussi semblait vouloir observer. Il s'arrêta presqu'à chaque pas , se laissant entourer et adressant à chacun quelques paroles. Elles rappelèrent , ou indirectement ou directement , la nuit du 20 au ai mars. Évidemment il sondait Topinion, attendant, provoquant même des réponses qu'il espérait être satisfaisantes. Il n'en obtint qu'une,faite dansime intei^ion de flatterie, mais si maladroite qu'il Tinter rompit, et tourna le dos. Elle lui reprocliait, involontairement , d'avoir répondu à une tentative de meurtre par le meurtre même. Les autres groupes, successivement formés autour de lui , l'écoutèrent avec une curiosité observatrice, une altitude morne, parfois