‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 157 sur 311 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'Empire venait de commencer avec le printemps de Tannée 1 8o4 • On vit alors Napoléon se faire donner, avec le titre d'Emperem* et le droit d'adopter un successeur, une liste civile de vingt-cinq millions. Le rang de Prince, avec dotation d'un million, et le droit d^hérédité à l'Empire échurent à deux de ses frères. Les deux autres , Lucien et Jérôme , en furent exclus t^nt qu'ils resteraient mariés , l'un à une femme divorcée, l'autre à une jeune Américaine, mariages que le Premier G>nsul avait désapprouvés. Le Sénat reçut de nouveaux pouvoirs. Ces pouvoirs eussent pu suffire peut-être à la protection des libertés civiles et politiques dans d'autres circonstances, et surtout sous un autre chef. Quant au Corps Législatif, la parole lui fut rendue , mais sous le huis-clos.

En même temps les grandes charges de l'Empire et de la Couronne furent créées ; mon père reçut une de celles-ci, et Talleyrand une autre. Tous deux hésitèrent à les accepter, tant l'esprit de Cour était tombé , les moeurs changées , et les emplois utiles au pays considérés comme les seuls vraiment honorables.

Au dehors la plupart des Cours étrangères, préala-

286 LIVRE DIX-SEPTIËME.

bleinent sondées , avaient naturellement applaudi à l'extinction de la République ; déjà la réprobation du meurtre de Yincennes semblait tellement atténuée par l'authenticité, chaque jour plus manifeste, des odieuses tentatives d'assassinat contre la personne de Napoléon, que ce souvenir parut oublié dans les réponses de l'Autriche et du Roi de Prusse. Rome, l'Espagne , Vienne , Berlin et Copenhague , reconnurent donc le nouvel Empire. L'Empereur François mit seul une condition à son acquiescement : il se fit reconnaître Empereur héréditaire d'Autriche en même temps qu'il reconnut Napoléon Empereur des Français. La Porte s'abstint; mais la Suède et la Russie devinrent de plus en plus hostiles.

Ce qui étonnera encore, c'est que, pendant cette année 1 8o4 7 au milieu de tant de préoccupations extérieures, tous les bienfaits de l'administration inr térieure du Consulat aient pu continuer, et redoubler même ! Ainsi , dans le reste de cette ann^ si dispendieuse en créations d'établissements et de pré^ paratifs guerriers de terre et de mer, quarante-dnq millions furent destinés aux travaux de la paix, et* cent cinquante mille francs de prix décennaux oflerts aux progrès des sciences, des arts et des lettres; la rue de Rivoli fut commencée ; les abords des Tuileries , nettoyés ; on transforma , en un quartier salubre, l'antre horrible des Jacobins. Avec ces mêmes trésors on continua à abaisser les Alpes, à creuser des canaux , à jeter des ponts , à ouvrir enfin, de toutes parts, au commerce et à l'industrie, des ooromunications faciles. \

Page 1