‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 159 sur 311 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

i8 juillet Napoléon reparut soudainement à Boulognesur-Mer, au milieu de ses camps et de sa flottille. En arrivant , ses premiers mots au maréchal Soult furent : « Combien vous faut-il de temps pour embarquer? — tf Trois jourSy Sire. — Je ne vous en donne qu'un ! rë- «c pliqua l'Empereur. — C'est impossible, répondit « le maréchal. — Impossible, Monsieur! s'écria l'Em- « pereur, je ne connais point ce mot-là ! il n'est pas a français, rayez-le de votre dictionnaire ! » Et, en effet, il prescrivit sur-le-champ des mesures telles, que l'em-' barquement devint possible en vingt-quatre heures.

Mais le lendemain , soit habitude de vaincre les difficultés les plus grandes , soit souvenir d'avoir eu tant de fois raison , même contre les plus habiles , trop de confiance l'emporta. Ainsi trompe le bonheur, et souvent même l'expérience. Ce jour-là , tout entier à sa flottille, il voulut, pour l'exercer, la mettre sous voiles, en vue de l'escadre anglaise , en dépit d'un ciel menaçant et malgré les conseils d'un contre-amiral. Celui-ci s'obstinant, lui s'irrita. Sa violence fut telle qu'il y eut un moment où le marin , la main sur la garde de son épée, crut devoir se mettre en défense contre un outrage. L'Empereur, incapable d'une voie de fait, le fit désarmer; et, passant outre , il voulut qu'on mit en mer.

Ce que le contre-amiral avait prévu arriva. Napoléon, il est vrai, demeura vainqueur des Anglais, dont il repoussa l'escadre et prit même un bâtiment ; mais îX fut vaincu par la tempête à laquelle il s'était refusé de croire. Lui-même eut peine à y échapper! Quatre de ses embarcations périrent. Alors, reconnaissant sa

BI8T. ET MéM. -« T. U. l9

double faute j il les répara toutes deux : l'une par une nuit entière d'efforts qu'il passa , dans la tour de L'Heiurt, à sauver ses marins de leur naufrage; Faulre en avouant son tort au contre-amiral j en lui pardonnant le sien , et en lui faisant oublier sa violence.

Pendant les vingt-cinq jours qui suivirent il s'oc* cupLi de son immense plan de descente j dont nous verrons bientôt l'ensemble , et de ses camps devant lesquels il se présentait pour la première fois comme Empereur. Il vit les larges chaussées et les canaux d'écoulements exécutés par ses ordres ^ travaux qui «m sainissaient ces camps et les liaient entre eux, ainsi qu'avec les abords des contrées environnantes. L'esprit actif et ingénieux de ses soldats s'était plu à eiu» bellir les entours de leurs baraques du luxe de mille jardins ornés de fleurs , d'inscriptions à sa louange , d'obélisques et de pyramides la plupart surmontés du buste , couronné de lauriers , de leur Empereur. Lui, se mêlant familièrement à eux j entrant dans tous les détails de leur bien-être y et leur prodiguant avec discernement des mots heureux j des faveurs et un avancement mérités , les enivra d'enthousiasme.

1^ i5 août y jour de sa fête, il y mit le comble. Gel anniversaire marqua l'une des plus grandes solennités de son règne , celle de la distribution, à l'armée , de rOrdre d'Honneur. Le canon de Boulogne l'annonça; celui d'Anvers et de Cherbourg, proclamant à la fois l'inauguration de ces deux ports nouveaux , y répondirent. L'entrée victorieuse à Boulogne, le soir m£me, d'un fort détachement d'élite de la flottille compléta cette journée , dont un monument rappelle la mëoMHre»

Page 1