‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 160 sur 311 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le 26 août , jour de son départ y fut signalé par un nouveau succès de cette flottille. Aidé de Bruix, l'Empereur le remporta contre Tescadre ennemie j dont un bâtiment fut coulé bas , et qui fut menacée même d'abordage. Elle recula sous nos feux à demi-portée, et devant Napoléon , en vue , en tète , commandant lui-même et le plus exposé aux bordées anglaises. Cet essai victorieux termina ce voyage guerrier de l'Empereur • L'Angleterre y sur pied tout entière , en avait frémi d'effroi ! Épuisée d'efforts et d'argent , son ap-» préhension était si vive , que tous Jusqu'à ses ministres , s'étaient enrôlés et armés ; et que , devant Londres même , ils avaient barré le passage de la Tamise. Pitt alors avait ressaisi l'espoir d'acheter une coalition nouvelle. Sou étoile voulut que, en ce même moment , Latouche-TréviUe mourût d'un mal rapporté naguère des Antilles. C'était le meilleur de nos amiraux. Il avait seul le secret de l'entreprise : il devait, avec la flotte de Toulon, tromper Nelson , venir débloquer nos ports de l'Océan , y rallier nos escadres et protéger la descente , qu'il fallut dès lors retarder, et dont le sort tomba désormais, par un malheureux choix du ministre Decrès, dans les mains incapables de Villeneuve.

n semble toutefois que, alors, la pensée de l'Empereur hésitait entre plusieurs diversions. L'une d'elles, qu'il abandonna depuis pour tout concentrer dans le détroit, était un débarquement en Irlande.

De Boulogne Napoléon se rendit à Aix-la-Chapelle, où Joséphine l'attendait. Ce fut là que quelques menaces forcèrent les deux Cobentzel, l'un ministre, l'autre ambassadeur de Vienne, de le faire enfin re-

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connaître Empereur par leur maitre. Àix-la-ChapeUe était la ville de Qiarlemagne. Il y rétablit les honneuis annuels qu'on rendait jadis à cette grande mémoire; et , pour la première fois depuis mille ans , ces peuples transportés crurent voir , en Napoléon , renaître leur grand homme.

Ils se souviendront toujours, sans doute , de la multitude de bienfaits dont il combla ces contrées jusquelà si négligées, et de tous les biens dont alors 3 dota leurs villes, entr 'autres : les nouvelles communications de terre et d'eau qu'il ouvrit entre elles ; et plus loin , vers Coblentz , cette route tracée sur le bord du Rhin : la largeur en était de quarantecinq pieds; elle fut arrachée à des rocs sur iine longueur de dix lieues entières.

Ajoutons ici ses soins pour les pauvres; les refugçs qu'il leur assura dans ce pays que la mendidté dévorait ; et le souvenir touchant de cette paisible retraite donnée, dans uneile du Rhin, aux infbrf unéei religieuses dont les couvents avaient été supprimés.

Citons aussi, comme un exemple de cette sen^bilité que d'aveugles ennemis ont méconnue en Napoléon , un trait de sa bienfaisante bonté dans une autre fle de ce fleuve : il rappellera celui du Saint-Bernard, en 1800. Cette fois une pauvre veuve en fut Tobjet. Le triste aspect de la misère de cette femme , et de sa douleur de l'enrôlement du seul fils qui lui restait, lavait touché. 11 avait provoqué sa conflancesans s'être laissé connaître. Emu de son malheur : a Consolez-vous, lui a avait-il dit, en se donnant un nom supposé; \enes c demain à Mayence et demandez-moi; j'ai du crédit

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