‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 16 sur 311 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Tels avaient été l'origine , la naissance de Napoléon, et sa vie pendant trente ans , jusqu'au printemps de 1800 qui suivit son avènement au gouvernement de la République. Tel était le chef sous lequel on se rappellera peut-être que je venais de m'enrôler. Ce pouvoir naissant, qu'il entourait de tant de précautions , était né de la victoire ; c'était encore à la victoire à le consacrer. Le printemps de la première année du dix-neuvième siècle allait rallumer la guerre. Moreau venait de remplacer au centre, vers Strasbourg , Bâle et la Suisse , le victorieux Masséna alors renfbrmé dans Gènes avec les restes de notre

là.

armée d'Italie expirante. Nos frontières étaient près d'être envahies ; et du Helder à Gènes , tous les efforts de Bonaparte n'avaient encore réussi à opposer à trois cent mille ennemis j qu'environ cent cinquante mille hommes.

C'était alors que, au milieu de tant de soins de toute nature , poursuivant son but , celui de tout rallier à sa fortune y il avait fait à une partie de la jeunesse française ^ jusque-là proscrite, cet appel auquel j'avais le premier répondu. Il ne le lui avait pas adressé directement y il est vrai ; mais il était évident qu'il lui offrait sa protection, qu'il lui ouvrait les rangs de l'armée; et que, l'appelant, dans un corps à part et nouveau , à s'équiper et à se mqnter elle-même , il lui promettait, en retour de cet effort , la reconnaissance nationale. Rien n'avait été négligé pour nous attirer et nous séduire. Le général Dumas, proscrit par les Terreurs de gS et directoriale, avait été chargé de nous former. Ce général datait de Louis XVI; il avait l'esprit aimable, le caractère bienveillant, et les formes douces et attrayantes de l'ancien régime. Il en fut de même du chef immédiat qu'on nous donna : c'était le colonel, autrefois comte, de Labarbée, ancien officier de l'armée royale.

J'ai dit comment je répondis à cet appel, et comment je me trouvai enrôlé sous le nom de hussard volontaire de Bonaparte. On a pu voir, si l'on s'en souvient, qu'alors j'avais peu d'enthousiasme pour le Premier Consul. Je' n'avais appris que par ouïdire et superficiellement les faits principaux que je viens de .raconter. La nécessité de prendre un état

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