‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 161 sur 311 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

« près des ministres , je vous recommanderai. » Ainsi rassurée et encouragée la pauvre veuve avait osé se présenter le lendemain. Introduite sur-le-champ , et tout éblouie de Fappareil impérial, quand elle reconnut l'Empereur dans cet inconnu si charitable de la veille , son trouble d'abord fut extrême ; mais quelle joie lui succéda lorsqu'elle l'entendit donner l'ordre : que sa maison détruite par la guerre fut rebâtie, qu'un petit troupeau et plusieurs arpents de terre y fussent ajoutés, et que son fils unique, soldat sous nos drapeaux, fût aussitôt rendu à son infortune !

Quelques jours après, le nom de Guttenberg reçut un premier hommage dans Mayence à la fois fortifiée et embellie. Je m'y trouvais. Bien plus soigneux qu'on ne pense de ceux de son intérieur, Napoléon, me sachant accablé à Paris d'un grand chagrin, m'avait paternellement appelé à Mayence pour m'en distraire. Ce futlàqfte, au milieu d'un nombreux concours de Princes allemands, nous entendîmes, à un lever, le jeune Duc héréditaire de Bade, interpellé par Napoléon sur ce qu'il avait fait la veille , lui répondre avec embarras : qu'il s'était promené de rue en rue ; et l'Empereur l'en gronder ainsi : a Vous avez eu tort. Ce « qu'il fallait faire , c'était le tour des fortifications , et « les bien examiner. Quesavez-vous? Peut-être devez- « vous l'assiéger un jour. Qui m'eût dit, à moi, lorsque « simple officier d'artillerie je me promenais dansToucf Ion , qu'un jour il serait dans ma destinée de re- « prendre cette ville ? »

Pendant ce séjour FEmpereiu*, forcé de se séparer

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de l'Impératrice, m'en confia momentanémentla gaide. Elle me raconta que, à Aix-la-Chapelle^ on lui avait fait voir un morceau de la Croix du Christ, que Chartemagne avait longtemps porté sur son sein comme un talisman. Elle ajoutait qu'un bras presque entier, reste de ce grand homme, lui avait été ofTert; mais que, n'en acceptant qu'une esquille, qu'elle me montra, elle avait répondu : « Qu'elle ne voulait pas priver (c Aix-la-Chapelle d'un si précieux souvenir, elle sura tout à qui le bras d'un homme aussi grand que a Charlemagne servait d'appui ! »

Ce fut encore à Mayence que des trésors extorqués, par la fraude , à des Princes allemands possessionnés, leur furent restitués. D'autres bienfaits marquerenl le passage de Napoléon à Kaiserslautern , IVèves et Luxembourg , d'où enfin , après trois mois du plus célèbre et du plus utile de ses voyages , il revint à Saint- Clou d le 12 octobre.

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