‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 163 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pie y puis relâché siir les plaintes de la Prusse. C'étaient là les derniers souffles de la grande conjuration de Pichegru et de Georges Cadoudal. La sévérité <le la répression et la publicité donnée à ces machinations infernales y mirent un terme.

L'accumulation de tant de criminelles tentatives peut expliquer pourquoi le Pape, dans cette même année ^ accorda sa consécration au nouvel Empereur. Ces infamies n'excusaient pas le meurtre qu'elles provoquèrent; mais l'indignation qu'elles firent éprouver put entrer dans les motifs qui décidèrent le Saint-Père il cet acte solennel.

En effet cette année 1 8o4 y déjà pleine de tant d'événements, allait s'agrandir encore de la plus rare et de la plus imposante des scènes civiles et religieuses. La Constitution voulait un serment impérial , et qu'il f(it prêté sur l'Evangile. Un décret l'annonça. Le lieu que préférait Napoléon était Notre-Dame; toutefois , soit souvenir de la gloire première due à son épée , soit concession à des susceptibilités antireligieuses et révolutionnaires , ce décret avait désigné poiu» époque le i8 Brumaire, et pour lieu l'église des Invalides. Mais bientôt tout changea , tout grandit , tout fut porté au comble , et de manière à frapper le plus les imaginations,selon le penchant de Bonaparte.

Ce qui paraissait le plus remarquable dans l'établis- -semeht des trois premières Dynasties, c'était la consécration de la seconde par l'onction du Pape. Et en- -eore Etienne III n'était-il pas alors venu tout exprès pour sacrer Pépin au sein de la France. Napoléon commençait la quatrième Dynastie française. De lui à

Pépin y OU de Pie VU à Etienne III , quelle était ht diflerence? Que l'importance et que la suprématie des Papes fût bien moins reconnue au huitième siècle, il n'importait ; Rome d'ailleurs n'avait garde d'en con- venir. Et puis, de son côté, Napoléon n'était-il pas plus grand que Pépin? Sa puissance, en France et en Italie , plus positive ? Les services rendus à la religion étaient-ils moins étendus? Le Saint-Père liû-mème n'avait-il pas déclaré : « Que, après Dieu, c'était à « Napoléon que l'Église était la plus redevable ! » Pourquoi donc, quand les intérêts , les hommes et les circonstances étaient comparables, son avènement n'obtiendrait-il pas de Rome le même appui que celui du père de Qiarlemagne?

Quoi qu'en pussent dire l'incrédulité révolutionnaire et l'esprit sceptique de Paris , un tel appui devait être recherché.

L'espoir de l'obtenir conçu dès le i8 mai 1804» hi négociation avait aussitôt commencé. Rome, après l'essai de quelques prétentions ambitieuses, céda sans conditions, soit crainte, ou plutôt que l'intérêt de la Religion l'eût décidé. Attentive à ressusciter ses précédents, elle espéra, en couronnant de sa main Napoléon^ paraître avoir recouvré le droit de donner la couronne impériale. Le cardinal Cbnsalvi recommanda surtout cet aôte au Saint-Père avant son départ pour la France. Mais Pie VII avait affaire à un Prince déjà trop jaloux des droits du trône pour se reconnaître ainsi vassal du Pontife romaih. Lui-même était d*ailTeurs trop bon prêtre pour être aussi ambitieux et aussi habile que son ministre. On sait assez ce qui arriva : on sait que le

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