CHAPITRE
Saint-Père, après un voyage triomphal, bien contraire à ses appréhensions, au travers de la France à genoux sur son passage, arriva, le !25 novembre i8o4 , à Fontainebleau , et qu'il fut reçu , avec une aflection respectueuse, par Napoléon, au milieu des hommages des grands G>rps de TÉtat, de toute la Cour et de la famille impériale. Maison sait aussi que, en même temps, la politique prudente et fière de l'Empereur en obtint tout ce qu'il voulait sans rien céder ; et qu'enfin , le a décembre , jour du Sacre dans Notre-Dame , saisissant la Couronne placée près de l'Évangile, lui-même et debout se couronna, et qu'il couronna de même, aussitôt après , l'heureuse Joséphine tombée à genoux devant lui, au pied de l'autel !
Dans cette grande solennité , ordre complet , sérénité du ciel , concours entier du Saint Père , acclamations publiques au dehors de Notre-Dame comme au dedans, tout satisfit l'attente de Napoléon. Je puis en répondre, j'en fus témoin; je commandais même ce jour-là dans cette cathédrale ; j'en avais pris possession militairement depuis la veille : le droit , l'usage , la sûreté de l'Empereur le voulaient ainsi. Les insignes impériaux se trouvèrent confiés à ma garde et, entr'autres, l'épée de Charlemagne. Je me souviens même que, pendantla nuit que nous passâmes sur pied dans cette église, l'un des officiers qui me secondaient, chargé de la garde de ce glaive , eut la folle idée de s'en servir en provoquant l'un de ses camarades, qui, lui ayant opposé spnsabre,se consola d'à voir été vaincu, et même quelque peu blessé , par l'épée d'un aussi grand homme !
Quant aux détails secrets qui précédèrent ce jour mémorable y tels que la rupture de Napoléon avec son frère Lucien , à propos de sa mésalliance ; la dissolution du n^ariage, pourtant moins inconvenant , qu'il exigea et obtint de son autre frère Jérôme , et la sanction religieuse donnée enfin par le cardinal Fesch aux mariages civils de Murât, de Louis Bonaparte et de Napoléon lui-même j ils sont connus, ainsi que les inutiles efforts, et les susceptibilités jalouses de la famiUe impériale , contré le couronnement de Joséphine et contre les honneurs que désormais les soeurs de Napoléon durent lui rendre.
Mais une autre difficulté s'était élevée. Le Pape avait attendu de l'Empereur qu'il communiât publiquement le jour du Sacre. Napoléon en avait délibâre. Mon père lui objecta la nécessité préalable d*une confession à laquelle il ne se prêterait peut-être pas , et d'une absolution qu'on pourrait lui refuser.
ce La difficulté n'est point là , répliqua Napoléon ; (c le Saint-Père sait distinguer les péchés de C&ar de ce ceux de Thomme. » Puis continuant : « Je sus, « dit-il , que je dois l'exemple du respect pour la re- « ligion et pour ses ministres : aussi me voyez-vous (c bien traiter, les prêtres, aller régulièrement à la <c messe , et y assister avec une attitude grave et re- (c cueillie. Maison me connaît; et, pour moiconmie « pour les autres, si j'allais plus loin ! . . . Qu'en penses- <c vous? ne serait-ce pas donner à la fois Texemple Cl de l'hypocrisie et commettre un sacrilège? » La question ainsi posée était résolue d'avance; mon père fut forcé d'en convenir, et le Pape en fit autant.