CHAPITRE II
Ce souvenir de famille m'en rappelle un autre : c'est que y le soir du jour de cet entretien , je fus mis aux arrêts par l'Empereur. Voici pourquoi : l'indiscnrète exigence , pour un surcroît de places de faveur dans Notre-Dame , a un personnage trop connu politiquement, avait forcé à un refus. Ce personnage était venu s'en plaindre chez mon père, à lui-même, et en termes peu mesurés. J'étais présent; et, quoique mieux accueilli qu'il ne méritait, je l'entendis, en se retirant, proférer des paroles menaçantes. Il faut savoir que cet ex-jacobin forcené passait pour avoir fait emprisonner et désigner pour l'échafaud le maréchal de Ségur, mon aïeul, que le 9 thermidor seul avait pu sauver de l'archarnement de ce misérable. A ce cruel souvenir, que l'impudence présente de ce montagnard, au milieu des miens, raviva, on peut juger de ma colère : elle était au moins excusable; et, de la porte du salon j usqu'à la porte cochère , il en ressentit sur-le-champ de rudes effets. C'était assez ; mais, la vengeance dans le cœur, j'allai plus loin; je voulus en finir à l'instant même, et, comme il prétextait la nuit, très-noire en ce moment , je le forçai à un rendez- vous pour le lendemain.
Pendant ces voies de fait mon père, que les approches du Sacre occupaient , était retourné chez l'Empereur, qui, voyant son air soucieux , lui en demanda la cause. L'ayant apprise, il se récria contre ce duel, m'envoya enfermer chez»moi; et, par son ordre, une heure après, l'ex- terroriste, tout meurtri qu'il avait été, revint terminer cet incident en apportant à mon père ses humbles excuses.
Mais revenons à un sujet moins personnel. On a contesté les égards, alors pleins d*aflection et de respect, de Napoléon pour le Saint-Père. Ces critiques sont calomnieuses ; je peux et je dois Tattester. Depuis l'arrivée de ce Pontife, digne sous tous les* rapports de la vénération universelle, jusques à son retour en Italie, je fus chargé du soin de sa garde et de sa personne. Il occupa, aux Tuileries, à côté de TEmpereur, Vailc de ce palais qui a vue sur le Pont-Royal et sur la Seine. On prodigua tout pour que ceux de sa suite, singulièrement choisis pour la plupart, fussent satisfaits, même dans leurs goûts assez bizarres. On eut sans relâche pour Sa Sainteté les mêmes soins, les mêmes respects que pour TEmpereur lui-même. Dans son appartement, distribution, ameublement, tout avait été disposé pour lui rappeler Rome autant qu'il était possible, et flatter ses habitudes.
Quant à Napoléon, nous remarquâmes, tous, sa g lieté constamment douce et reconnaissante, et sa déférence filiale et caressante envers son hôte. On sait, à propos des exigences, spirituelles et temporelles, de ce Pontife, qu'il le satisfit , soit par quelques concessions, soit par des explications si convaincantes et si convenablement exprimées, qu'il était impossible de ne pas s'y rendre.
Dans les bénédictions que le S<iint-Père distribua de sa fenêtre , et surtout à ses fréquentes audiences, dans la galerie du Louvre, au public toujours nombreux que sa présence attirait , une surveillance active contint, prévint, ou réprima l'indiscrétion et la légèreté françaises. Nous vîmes l'athée Lalande, lui-même, tomber