‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 167 sur 311 · CHAPITRE II. 30S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 30S

tant d'hommages. Ce refoulement , devenu indispensable j ne s'efTectua pas sans bien des cris de détresse, inunédiatement suivis d'évanouissements , d'accouchements même, dit-on : plusieurs femmes et quelques honmies furent emportés demi-morts hors de la foule. Je neus point à m'en repentir, car, en toute vérité , sans ce moyen extrême , le Saint-Père, dont le regard m'implora dans cet instant , ne serait pas sorti vivant de l'église.

Dirai-je, pour ne rien oublier, que je l'avais précédé, de quelques heures , dans cette cité célèbre. Le cardinal Fesch en était le premier pasteur. Excellent prêtre, à la générosité près , c'était lui dont la négociation plus rude qu'habile , mais secondée par les sollicitations de l'évéque Bernier et de Caprara , avait décidé le Pape à ce grand voyage. Le séjour de Sa Sainteté à Lyon en devait être le dernier épisode remarquable. Ce séjour exigeait quelques frais dispendieux. Soit malice, ou économie de l'Empereur qui calculait tout, il avait arrangé que le cardinal, son oncle, serait chargé de la dépense, et moi d'y déterminer Son Éminence. Mais, à cette proposition malsonnante, l'indignation du cardinal le saisissant à la gorge fut si grande , qu'il ne put me répondre que par des cris inarticulés. J'insistai, bien moins dans l'espoir de réussir que pour prolonger une scène que je n'envisageais plus que par son côté plaisant. Cependant, l'émotion du cardinal augmentant jusqu'à le rendre plus rouge que son chapeau, je me hâtai de me retirer et d'aller pourvoir d'une autre façon aux frais de la réception du Saint-Père.

Ce fut là , je crois , si ce n'est à Turin , que l'Empe-

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reur allant se faire couronner à Milan , et le Pape retournant à Rome, se rejoignirent pour la dernière fois, et qu'ils prirent congé Tun de l'autre. Les adieux de ces deux Puissances , les plus grandes , temporellement et spirituellement, qu'il y eût alors au monde, furent touchants. Satisfaits l'un de l'autre ils ne prëvoyaieni pas plus que nous, sans doute, combien, huit ans plus tard, leur seconde entrevue à Fontainebleau serait différente.

On voit que je viens d'anticiper sur i8o5 pour terminer ce qui a rapport au voyage du Pape en France. Pour en finir avec 18049 je rappellerai la distribution des Aigles aux dépulations de Tarmée, le 5 décembre , qu'une pluie battante et le cri républicain d'un seul étudiant en médecine n'interrompirent pas. Cet étudiant renouvela, plus violemment encore, celle même manifestation, en i8i5, au Champ de Mai; une pareille indulgence , en répondant à ses cris de : y4 bas le tyran ! les démentit.

A ce souvenir ajoutons le nouvel attentat anglais, du 5 octobre 1804^ sur quatre galions e^gnols, le pillage de vingt-quatre millions sur trois de ces galions, et la perte du quatrième coulé bas, en pleine paix, avec trois cents hommes. La déclaration de guerre de l'Espagne, le 12 décembre, et l'adjonction de sa flotte à la nôtre furent le résultat de ce système obstiné d'assassinats et de violences, déshonneur de la politique anglaise de cette époque.

Enfln, dans cette année 18049 on sait combien rétablissement de la maison impériale occupa Napoléon. 11 y apporta cet esprit d'ordre qui fit de sa Cour l'une des plus somptueuses qu'on ait vues, la

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