‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 168 sur 311 · CHAPITRE II. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. S

maison souveraine la mieux tenue , la mieux réglée et la moins coûteuse. Sur vingt-sept millions cinq cent mille francs environ , qui formaient sa liste civile, treize à quatorze millions y suffirent annuellement. Le reste fut mis chaque année en fond de réserve.

Ceci est plus digne d'attention qu'on ne pense, ainsi que la sévérité de son exigence pour la régularité et l'économie dans tous les détails de son intérieur. D'où vint que jamais souverain n'eut un entourage de serviteurs d'une probité aussi délicate et aussi scrupuleuse. Quand on s'étonnait de sa clairvoyance à ce sujet , comme pour l'administration financière de son Empire, il répondait : que c'était à la guerre incessante et acharnée qu'il avait eu à soutenir, en Italie et en Egypte, contre des armées de concussionnaires, qu'il devait cette habileté.

Rappelons-nous d'ailleurs ici qu'il avait été toujours probe et rangé. Cet esprit d'ordre, qu'il tint de sa mère , il n'en eut point comme elle l'inconvénient. On se souvient que son adolescence avait été pauvre , au milieu d'une société joyeuse , dépensière et dissipée; et que, dans une situation aussi délicate, il sut vivre honorablement sans jamais contracter la moindre dette. On a même vu que , plus tard, il soutint de sa modique solde de capitaine , son frère Louis, dont il acheva l'éducation ; et que, pour remplir ce noble devoir, il ne s'était d'abord nourri que de lait, puis d'aliments apprêtés de ses propres mains, préférant toutes les privations à l'humiliation de solliciter l'amitié de ceux qui l'entoiu^aient.

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806 LIVRE DIX-SEPTIËME.

Cette sévère délicatesse dans la pauvreté se rencontre rarement. Ce qui est encore plus rare, c*est que de tels commencements , quand Topulence leur succède , ne soient point suivis d'une vie pardmomeuse. Ainsi ^ pour la plupart, ce qui dans Tinfortune était vertu devient un défaut dans la fortune. Mais en lui, tout au contraire, cet esprit d'économie se développa dans une mesure proportionnée aux divers degrés de grandeurs successives auxquelles il parvint. Quand enfin la fortune entière de la France devint la sienne , ces mêmes vertus d'ordre et d'économie, avec lesquelles il avait gouverné la solde d'un officier subalterne , se trouvèrent assez vasies pour relever d'une ruine absolue le trésor public , en féconder les sources, et pour gouverner noblement l'immense fortune du plus puissant de tons les Empires. Mais, quelque grandeur et magnificence même qu'il y apportât, ce fut toujours en exigeant des autres cette sévère probité qu'il s'était jadis imposée à lui-même. Car, s'il pardonna souvent autour de lui des penchants contraires aux siens, soit d'avarice, soit de prodigalité, on le vit, dans tous les temps, sans indulgence pour l'improbité qu'il détestait , dont il s'indignait , et pour laquelle il se montra partout et constamment inexoftible.

I^ composition du personnel de son entourage d'honneur fut aussi l'objet des soins de sa politique. On a dit que, au premier aspect de la Cour nouvelle, les habitudes avides et vaniteuses de l'ancienne Noblesse s'étaient réveillées subitement; qu'on la vit dès lors en foule , accourir, se précipiter, s'offrir et tendre

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