CHAPITRE y. 32S
que jamais , les peuples anglais et français avaient eié excites l'un contre l'autre , chacun par sa passion dominante : Tun, par son intérêt satisfait; Tautre, par son honneur révolté ; tous deux , par leur fierté nationale, par le péril, par l'inquiétude et l'envie qu'inspiraient à chacun les succès de son adversaire; enfin , par cette rivalité de voisinage, d'où vient que tout accroissement chez l'un est une menace, un danger pour l'autre.
Nous avons vu que le génie de Pitt avait vaincu, dans le Parlement, tous ses adversaires. On sait que, s'aidant aussitôt des rêves ambitieux du jeune Alexandre, de l'humiliation chagrine de l'Autriche et d'un sul)side, il avait préparé une diversion contre la descente par une coalition nouvelle. D'autre part, pendant l'hiver de i8o4 à i8o5, Napoléon, retenu dans Paris par son sacre, par la présence du Pape, cl pur les soins de son Empire, n'en avait pas moins activement continué ses préparatifs de guerre. On se tromperait souvent à vouloir juger de ses véritables et sérieuses volontés , par des velléités de projets qu'il risquait plus que personne , mais seulement en dictées ou en paroles. On a dit que son projet de descente avait varié ; et il est vrai que tantôt il parut y ajouter celui d'une forte diversion en Irlande, et tantôt même celui d'une puissante expédition jusque dans l'Inde ! Mais faut-il donc s'étonner qu'une imagination aussi active, aussi entreprenante et aussi féconde , concentrée deux ans sur ce rivage , se soit laissé entraîner à ces diverses conceptions nées de l'impatience d'une longue attente? Le fait est que, en
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dépit de la mort fatale de ses deux plus habiles ami raiix, d*abord de Latouche-Tréville à Toulon en 1804, puis de Bruix à Boulogne en i8o5 , lorsque tout fut prêt enfin, il ramena et fit concourir tous ses moyens a sa volonté première, celle qui lui avait (ait rassembler sur rOcéan, et dans le détroit, les plus "vivesibroes de la France.
A la fin de i8o4 un incident nouveau lui avait Eût modifier ce projet, mais sans le changer; il. en avut seulement agrandi Tensemble : c'était Tattentat de TAngleterre sur les galions espagnok perfidement attaqués et pillés, sans déclaration de guerre. Napoléon avait profité de ce méfait; et, par le traité ratifié le i!2 janvier i8o5, il avait ouvertement enlntné l'Espagne dans sa cause. Dès lors Gibraltar et le Portugal avaient du être, l'un menacé, l'autre contenu par deux corps d'armée espagnols , et les forces navales de la Péninsule réunies aux nôtres.
En voici l'ensemble : au Ferrol , à Cadix, à Gsrihagène, trente vaisseaux approvisionnés pour six mois, et cinq mille hommes; au Texel, Marmont et vingt mille soldats sur sept vaisseaux, et les transports nécessaires; d'Ostende au Havre, d'autres transports, nos flottilles, cent vingt mille hommes,* et quatone mille six cents chevaux ; à Brest , vingt-cinq milie hommes, vingt et un vaisseaux sous Gantheaume, et plusieurs frégates et corvettes; àLorient,à Rodiefort, six vaisseaux, quatre frégates et quatre mille hommes; enfin à Toulon , Villeneuve avec neuf mille soldats, douze vaisseaux et six frégates.
Un an venait de suffire à Napoléon pour achever