CHAPITRE Y
•d'armer ou de rallier contre rAngleterre, soixante ^et seize vaisseaux, deux mille quatre cent quarante- •cin<\ voiles de grandeurs diverses, et cent soixante et sei^e mille hommes 1
Cependant les Anglais, le regard fixé sur lui, avaient tenu bloques tous ces ports de guerre. Mais son départ pour l'Italie les avait rassurés. Dans Lyon , ils l'avaient jugé entièrement occupé de la restauration de cette ville ; au delà des monts, ils l'avaient cru absorbé par les soucis de sa politique continentale , menacé hautement par la Russie et secrètement par rAulriche. Cette diversion, l'espoir de Pitt, leur avait rendu la confiance. Comment en effet eussent-ils pu supposer que, dans cette haute Italie, berceau de sa gloire, le nouvel Empereur et Roi n'avait pas été exclusivement préoccupé de tant de travaux de toute nature qui y marquèrent son séjour? C'étaient : l'abaissement des Alpes , le gouvernement du Piémont , la prise de possession d'un Royaume, une cçnstitùtion il y établir, les cérémonies d'un couronnement, Tins- .pection de deux corps d'armées, celle des citadelles pîémontaises et italiennes en voie d'achèvement ; puis Tasservissement de Naples ; des démêlés avec deux de ses firères, d'autres avec le Pape , et enfin la réunion de PSarme, Plaisance et Gènes à la France 1 Mais lui, au contraire, suffisant à tout pendant ce voyage, s'était aidé de ces entraves apparentes pour tromper son ennemi : il n'avait jamais poussé plus activement les apprêts, de sa descente. En même temps que, menaçant l'Autriche , il a rempli toute l'Italie de tant de soins d'ad- ^nistration, de législation et de bruits de guerre, de
32g LIVRE DIX-SEPTIÈME.
l'éclat d*un second couronnement et de Tenvahissante extension de son Empire, jours et nuits, ceux de son intérieur le plus secret l'ont vu dicter, de Lyon et de toutes les villes italiennes, mille ordres, mille instructions pressantes à son ministre de la marine, el jusqu'à des articles de journaux destinés à entretenir ht confiante déception de l'amirauté anglaise. Sa pensée, présente partout à la fois, a semblé, du sein de cette Italie , planer sur toutes les mers. Son anxiété, que nul de nous n'aperçut, a été si grande que, chaque jour, et même souvent d'heure en heure, il s'est &it envoyer, de Paris , les nouvelles des côtes françaises et espagnoles ! Chaque mouvement des télégraphes, il les a voulu savoir; et tout cela n'a point suffi à sa vive et secrète impatience. Cette guerre maritime , qu'on avait cru lui imposer, c'est lui qui vient de s'entendre maître. Là, comme sur terre, il a su s'emparer de l'initiative; il a tout calculé, tout prévu : le succès, dans les deux mondes , des flottes qu'il a lano^ su^ bitementhors de ses ports etTeflet que ces manœuvres produiront sur ses adversaires ; la stupéfaction de l'Amirauté ennemie; les erreurs de Nelson qui court défendre l'Egypte contre la sortie de notre flotte de Toulon , tandis que, au contraire , le 3o mars s'é» chappant de ce port débloqué, elle avait passé le détroit, s'était ralliée à l'escadre de Cadix, et, forte de dix-neuf vaisseaux, était allé régner dans les Antilles.
Elle avait été précédée , le 1 1 janvier, par l'escadre de Rochefort qui, sous Missiessy, venait de ravitailler la Martinique, la Guadeloupe, de sauver Santo-Do-