‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 183 sur 311 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

que Texpédition du Texel, concourant au même but , aurait remonté la Tamise.

Et réellement tout semblait confirmer un si grand espoir. Sur nos rivages , dans nos p(H*ts , sur toutes nos rades, tout était prêt; et, comme l'Empereur alors le dit lui-même : a La nature de son plan était si « bonne , que, en dépit d'obstacles de toute espèce , a il lui restait les chances les plus favorables. j> Mais, ô regrets éternels! cette occasion unique, inretrouvable, un si formidable ensemble , tant de dépenses, tant de soins et d'efforts , la conception la plus vaste et la mieux combinée du génie de notre Empereur, la fortune enfin de la France , tout va manquer par un seul homme !

Gouverner, dit-on, c'est choisir; or le choix du ministre Decrès était mal tombé. Villeneuve, modeste et désintéressé, était timide et irrésolu. En lui la bravoure du soldat disparaissait sous le poids, insupportable pour lui , de la responsabilité du général. Plus écrasé qu'honoré du choix de l'Empereur, il avait voulu s'y dérober. Dans sa candeur il s'était écrié : « Que c'était trof) ! qu'il ne se sentait capable que du « conunandement d'une escadre, et non d'une flotte « aussi considérable ! » Comme tous les esprits de cette v trempe malheureuse , il n'envisageait jamais sa position que par son côté fâcheux , croyant toujours tous les partis qu'il n'avait pas pris , préférables à celui qu'il venait de prendre, et tout possible à l'ennemi. Decrès ne l'avait point écouté; il l'avait mal jugé. Villeneuve était soa ami d'enfance, et ce ministre s'était obstinément trompé en croyant à l'ardeur factice

et passagère que de premiers encouragements lui avaient donnée. Ainsi , le sort de l'Angleterre , celui de la France , de nos marins et de TEmpereur^ il les avait confiés à un chef qui manquait de confiance dans les autres, et en lui-même!

Napoléon y avec son coup d'œil d'aigle, dès les premiers jours de juin et sur la première dëpécbe de cet amiral , avait entrevu Terreur de son ministre : U s'était efTorcé de Ten faire revenir. Ses instructions de Milan disaient : « J'estime que Villeneuve n'a point le <c caractère nécessaire ; qu'il n'a aucune habitude de « la guerre ; que, aussitôt son retour devant Brest, il « faut le remplacer par Gantheaume !» Et il terminait en annonçant a qu'il en allait sur-le-champ sice gner et envoyer Tordre ! »

Je ne sais si Gantheaume eut eu plus de caractère, mais enfin cet ordre ne put être exécute, et notre sort resta dans les mains de Villeneuve.

Cet amiral, tant qu'il n'a fallu qu'éviter Nelson ,'a été fidèle à l'esprit de ses instructions. Cependant, malgré la plus heureuse navigation , fatigué par ses terreurs continuelles, et par quelques jours d*un temps contraire , ayant reparu le H2 juillet avec vingt vaisseaux à la hauteur du cap Finistère, il y rencontre, à midi, Calder et quinze vaisseaux anglais, et perd dem heures en incertitudes. Enfin le combat s'engage. Calder se présentait bien serré , et Villeneuve trop étendu. Il en résulta que, une brume épaisse ayant couvert les deux flottes et rendu les signaux inutiles, deux vaisseaux espagnols, dégréés après une lutte aveug^ et violente, ne furent point secourus. Ils eussent pa

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