‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 184 sur 311 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

rêtre pourtant^ une ^laircie ayant montré leur danger ; mais notre amiral s'y refusa , et ils furent pris, ayant été poussés par le vent au milieu de la flotte anglaise.

Toutefois le lendemain y Calder, plus maltraité que nous y se retirait; Villeneuve restait maître de ses mouvements; il hésita encore, manqua l'occasion, voulut trop tard la ressaisir, et laissa fuir enfin son adversaire, pour aller à Yigo, puis à la Corogne, rafraîchir, alléger sa flotte et la rallier à celle du Ferrol.

Je tiens de Lauriston , depuis maréchal et pair de France, alors aide de camp de Napoléon, et embarqué sur la flotte de Villeneuve , que , le lendemain de ce combat , le contre-amiral Magon, au premier signal, donné par cet amiral, de lâcher prise sur la flotte anglaise, fut saisi d'un tel transport d'indignation, qu'il écuma, trépigna , se mit à courir furieux sur son vaisseau , et que, voyant passer en retraite celui de son amiral , il l'apostropha , lui lança , dans sa rage inexprimable , tout ce qu'il trouva sous sa main , sa lunette , sa perruque même qui tombèrent à la mer, car Villeneuve passait trop loin de lui pour qu*il pût Tatteindre, ni même en être entendu.

Pour moi, qui, dans plusieurs missions précédentes, avais eu quelques rapports avec Magon , je suis convaincu, comme Lauriston, que, s'il eût été à la place de Villeneuve , l'Empereur eût été obéi , la descente peut-être alors effectuée , et la face du monde changée ! Mais, où régnent des intérêts secondaires , de tels caractères portent trop d'ombrage : on les use dans des rangs subalternes. Celui-ci eût copvenu à Napoléon , il devait déplaire à son ministre.

Le maliieureux YiDeneuve deupeura trois semaines à Yigo et à la Corogae. Il y fut retenu par le ravitaillement de sa flotte , par ses avaries , et bien pli« encore par son extrême abattement d'un revers fort contestable. Les reproches qu*i] entendait, ceux qu*3 se faisait , car il était à lui-même son ennemi Je plus cruel 9 le jetèrent dans le découragement le plus déplorable. Il ressortit enfin de ce mouillage vers le la août. Il avait trente-quatre vaisseaux, y compris ceux de Lallemand ; maître de la mer, il était libre d*ohéir aux ordres formels de FEmpereur, à ceux de son ministre , à Tinstruction réitérée de venir, avec trentequatre voiles contre dix-huit seulement de CSwnwalis, débloquer à tout prix, à Brest, vingt et un vauseaux; et, fort de cinquante-cinq voiles, de s*emparer de k Manche où notre armée était embarquée , où Napdéon l'attendait, et où il eût assuré notre descente. Hais le spectre de Nelson Tobsédait! Sa peur osa désobâr! Après une hésitation de quatre jours sur une mer ouverte , cette peur, non de soldat, car Villeneuve étiit brave de sa personne , mais de général qu'offusquait sa responsabilité , ne prit conseil que d'un faible coup de vent qui, par mallieur, ce jour-là souffla du nordest. S'il eût soufflé du sud , m'a dit un autre témoin (i), il s'y fût livré peut-être, et il n'eût pas manqué à l'attente de l'Empereur, de notre amnëei etàli fortune de l'Empire !

Dans cette fatale irrésolution de Villeneuve, ce

(i) Reille, aujourd'hui maréchal de France après SToir clé aide do camp de TEmpereur.

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