‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 19 sur 311 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

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rai Dumas fît valoir mon inscription volontaire , la première en date, et l'utilité de l'exemple que j'avais donné.

Les conséquences de ma naïveté ne se firent point attendre : j'avais été remarqué; je fus favorablement noté, et le grade de sous-lieutenant, que j'obtins le I*' mai 1800, devint l'heureux résultat de cette aventure.

Tels sont les caprices du sort. Sa première faveur me vint d'une inconvenance; une action d'éclat ne m'aurait pas été plus utile. Je n'ai certes pas à me plaindre de la fortune; mais depuis, que de fatigues et de dangers j'ai affrontés sans obtenir autant d'elle!

Bientôt nous fûmes envoyés de Paris à Compiègne, puis à Dijon , lieu de rassemblement de la seconde armée de réserve. Napoléon nous y passa en revue en allant franchir le Saint-Bernard. De Dijon nous fumes à Carrouge, près de Genève ; la victoire de Marengo nous ayant arrêtés, nous y cantonnâmes. J'y revis madame de Staël dans un bal, où , par souvenir de mon père, elle voulut danser avec moi et tout aussitôt entreprendre une conversation politique qu'elle eut bientôt abandonnée; après quoi, se rappelant mes premiers écrits, elle me demanda ce que j'avais fait de ma plume. Mais alors, tout entier au métier que j'avais choisi, je lui montrai celle de mon schako, en lui répondant étourdiment que je l'avais placée là, et que j'ignorais s'il me reviendrait jamais l'envie de la rendre à son premier emploi.

J'aurais même pu ajouter que, en ce moment, tout ce

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que je redoutais le plus, c'était d'être force de reprendre en main cette plume et de redevenir homme de lettres ; pendant notre séjour dans ce cantonnement, les nouvelles de l'armistice de Yarsdorf et du coup de foudre de Marengo étaient venus irriter et décourager notre impatience : il semblait que la guerre allait, sans nous, être terminée. Résumons ici sur ces deux événements ce qu'alors j'appris de plusieurs témoins, ce que nous entendîmes, depuis, de la bouche même de Napoléon, et ce que l'histoire confirme.

J'ai dit avec quelle hauteur les ouvertures de paix, faites par le Premier G^nsul, avaient été repoussées. On sait que la coalition , formée de l'Autriche , de la haute Allemagne , du corps de Condé, de INaples et de l'Angleterre, comptait environ trois cent mille hommes ; que, en Italie, depuis les montagnes de Gênes jusqu'au Saint-Gothard, qu'en Allemagne, depuis les hautes Alpes jusqu'à Manheim, deux cent quarante mille impériaux étaient sous les armes; que leur aile gauche s'appuyait à une flotte anglaise, et que tous s'apprêtaient à envahir la France au travers du Rhin et des Alpes. En Allemagne, le feld-maréchal Kray commandait la moitié de ces forces; en Italie, c'était Mêlas. Vingt mille NapoUtains, autant d'Anglais, devaient s'ajouter à cette masse. De ce côté, le but était d'achever

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