CHAPITRE IV
aristoci*atiques de mon inexpérimentée et jusque-là inactive adolescence.
Quant à la réalité ^ en effet l'exemple qu'alors je donnai j suivi d'abord par quelques-uns , et plus tard ' par un grand nombre , contribua à rattacher la Noblesse à la nouvelle France et , dans la régénération sociale qui se préparait, aida quelque peu à la replacer dans les éléments constitutifs de cette tête nouvelle qu'il était si important de reformer à la nation française.
En un mot y sans m'en douter, inventant ce qui existait, je venais d'entrer dans le parti que, dix ans plus tôt , on avait appelé la minorité de la Noblesse ou le parti constitutionnel, celui qu'avait constamment suivi mon père.
Dès lors, malgré bien des soucis que je dévorai, l'étude de mon métier et la gaîté de quelques-uns de mes jeunes camarades, qui, tout au contraire de moi, ne prenaient rien au sérieux, me déridèrent. Plusieurs semaines furent indispensables au recrutement, dans Paris , de notre corps, d'abord appelé Hussards volontaires, puis Légion de Bonaparte, et qui n'alla guère à plus de deux à trois escadrons et d'un fort bataillon. Quant au service , en attendant que nous fussions casernes, il consistait, hors quelques factions, à écrire, à porter les ordres du général Dumas, et à le suivre. Ce dernier service , tout insignifiant qu'il était , me devint utile : voici comment.
Le hasard voulut que dans ces premiers jours notre général, m'ayant choisi comme ordonnance pour l'accompagner, eut affaire chez l'ancien conventionnel
et directeur Carnot, alors ministre de la guerre. Nous arrivons dans la cour du ministère ; nous y mettons pied à terre. Mon devoir était d'attendre là avec les chevaux; mais comme, en partant , le gênerai Dumas m'avait ordonné de le suivre, me figurant qu'il ne fallait pas le quitter, je m'attachai scrupuleusement à tous ses pas , jaloux d'exécuter ponctuellement ma consigne. En conséquence, le voyant monter l'escalier, je fais de même; de même encore je traverse, à sa piste , Tantichambre , les salons , et pas à pas je pénètre, immédiatement derrière lui, jusque dans le cabinet du ministre ! La, tout préoccupé de l'affaire qui l'amenait, et ne se doutant pas de cette inconvenance, il commença aussitôt à entretenir ce personnagç. Le général Dumas se trouvait entre le ministre et moi , me tournant le dos ; ma tête, plus élevée que la sienne, la dépassait, en sorte que Carnot, fort étonné de voir, jusque dans le secret de son cabinet , un jeune soldat planté tout droit derrière son interlocuteur, n'écoutait pas celui-ci , et, par son air confondu d'étonnement, semblait demander l'explication d'une innovation aussi bizarre. De son côté le général , surpris de la réception du ministre , et remarquant qu'il paraissait bien plus occupé de ce qui se passait derrière lui que^de l'affaire dont il était venu l'entretenir, se retourna. A ma vue : « Eh! que diable fais-tu là? » s'écria-l-il. Je répondis en alléguant ma consigne : alors tous deux , éclatant de rire , me donnèrent une première leçon de mon métier en me renvoyant à mon humble poste. Mais, moi parti , cette incartade amena naturellement une explication dans laquelle le génë-