CHAPITRE II
Duc Ferdinand, était entre en Bavière à la télé de quatre-vingt mille hommes. L'Empereur d'Autriche l'avait stiivi jusqu'à Munich. Mais, dès ce plumier pas, tout ce cortège d'illusions s'était dissipé, d'un côté, par la retraite, sur Ddnawerth et Wurtzbourg, de l'Électeur de Bavière et de son armée; de l'autre, par la déclaration de neutralité de la Prusse ; enfin par la marche rapide de la Grande Armée accourant sur le Rhin et vers Wurtzbourç, où l'armée bavaroise s'était retirée.
Soixante mille hommes allaient donc menacer le flanc droit de cette invasion prématurée, tandis que Napoléon et cent soixante-cinq mille hommes semblaient prêts à lui faire tête.
A ce triple désappointement , au bruit des pas de ces masses menaçantes, le voile était tombé des yeux du malheureux Empereur. Renié par la Bavière, abandonné par la Prusse, hors de portée du seul allié qui Toulait le seconder, il avait reconnu son impuissance. II s'était vu, soudainement , seul en proie à Napoléon et à cette guerre qu'il venait de provoquer. Alors, éperdu, et passant de l'ofiensive à la défensive, il avait rappelé trop tard , d'Italie en Allemagne , l'élite des cent mille hommes confiés à l'Archiduc Charles ; il s'était réfugié au milieu de ses sujets; il les invoquait en masse, leur demandant, avant les premiers coups, comme après une défaite, leurs biens et tout leur sang pour le salut de sa couronne !
On aurait cru que, rétrogradant aussi sur l'Autriche, Mack eût ainsi raccourci la marche d'Alexandre d'autant de jours qu'il eut allongé celle de Napoléon : double avantage, en ce que, tout à la fois, l'attaque eût
été retardée, el la jonction avec les Russes hâtée, ce qui seul pouvait mettre en état de se défendre. Mais il avait fait touf le contraire. De même qu à Rome, en 1798, ce général, plein de paroles, bravant le danger absent , et conquérant tant qu'il ne trouvait pas de résistance , s'était avancé jusqu'aux débouchés de I;i Forêt-Noire , traitant la Bavière en pays oonqub, et poussant fièrement jusqu'au Rhin ses reconnaissances. Dans son imperturbable assurance , il avait pris position d' Ulm à Meningen-sur-l'Hler ; il s'était donc éloigné, de plus en plus, de Tarmée russe son unique appui, allongeant ainsi sa ligne d'opérations, dont le flanc gauche était, il est vrai, couvert par la neutralité (le la Suisse, et, dans le Tyrol, par les trente mille Autriclnens de TÂrchiduc Jean , mais dont le flanc droit découvert, et le plus à portée de nos coups, n'avait d'autre garantie que le Danube.
Ce péril évident, deux cent vingt mille hommes el Napoléon, contre quatre-vingt mille honmies et Mack ; ces masses si disproportionnées, les imes s'amoncelant sur son front, les autres accourant, débardant sa droite, et pouvant menacer jusqu'à ses derrières, tout devait éclairer, tout devait effrayer le généralissime! Et • pourtant, dans une situation si critique, il s'obstina, ne s'attendant qu'à une attaque de front; se fiant à fa célébrité d'Ulm ; à l'inaction apparente de Napoléon à Strasbourg, du 26 septembre au i*' octobre ; aux appréhensions que nous devait inspirer Frédéric-Guillaume, s'imaginant que nos forces, annoncées à Wurtzbourg, y resteraient en observation contre ce monarque, ou que du moins elles respecteraient ses possessions