‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 195 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

c Souverain parvenu me faire violence ! A moi, Prince K ancien et de races de Princes ! Mais je suis maître ce chez moil Je le lui prouverai; je repousserai ce a brigandage! »

Cependant l'aide de camp, resté debout, contenait, dans une impassible immobilité, sa physionomie martiale et sa haute et forte stature. Il laissa se briser ce torrent d'invectives contre son flegme imperturbable. Quand le vieux Prince , haletant de colère et de son extrême obésité, eut épuisé toute sa verve, et qu'il fut forcé de s'arrêter poiur reprendre haleine, le général lui répondit froidement : « Qu'il n'était point venu pour tt écouler des personnalités, ni pour y répondre, mais « pour traiter; que, au reste, ces paroles irréfléchies « lui étaient indifférentes et qu'elles seraient inutiles, <c parce qu'il ne les reporterait pas à son Empereur ; a qu'il valait donc mieux écouter ses propositions , 'c d'autant plus pressantes que le maréchal Ney, avec ce trente mille hommes, était aux portes de sa capi- K taie ! » L'Électeur était tout bouillant encore ; mais le contraste de cette fermeté calme avec son emportement sans mesure, le saisit d etonnement. Il se sentit dominé ; il comprit que dans de tels hommes il y sivait autant de race que dans la sienne ! Dès lors, diangeant de ton, il discuta; puis, dans un aparté, il laissa échapper : <c Que telles et telles possessions voi- K sines gênaient les siennes ; qu'avec elles et l'érec- K lion de son Électorat en Royaume , tout pourrait K encore s'arranger ! »

Quand l'aide de camp , de qui je tiens ce récit ^ rendit compte de ce dénoûment à Napoléon , celui- *

356 LIVRE DlX-HUITlfeME.

ci se prit à rire et lui répondit : <• Eh bien! je ae dea mande pas mieux; qu'il soit donc Roi| si cest là (c ce qu'il désire ! »

On voit y quant à nos alliés d'outre-Rhin, que I'Erh pereur avait confié à ses premiers raouvements de guerre les derniers soins de sa politique. Maintenant ({ue les armées sont en présence, et que la campagne va s'ouvrir, jetons d'abord un coup d'oeil sur la position des deux adversaires.

L'Autriche , en dépit des conseils de rArchiduc Charles et d'un dernier avertissement, peut-être trop (ranC| de Napoléon, s'était livrée aux soUicitalions de Pitt et d'Alexandre. L'éloignement de nos années, alors sur l'Océan, et de faux calculs sur la marche de cent vingt mille Russes, dont la première moitié ne pouvait atteindre son territoire qu'à la fin d'octobre, l'avaient aveuglée ; sa confiance s'était accrue de rattênte d'un double débarquement de dix-huit mille Anglais et Russes à Naples, et de quarante-trois mille Russes, Anglais et Suédois à Cuxhaven; du ¥un eqpoir de l'alliance volontaire de la Prusse, et de Vallianoe forcée de la Bavière ; des excitations et de Tor des Anglais, impatients de détourner l'orage; enfin, de la folle vanité de Alack que l'influence de Londres avait fait préférer à l'Archiduc Charles. Au milieu de ces esprits méthodiques et lents , l'esprit fin et sfirir tuel de ce théoricien avait prévalu ; Mack avait secondé les vœux intéressés de l'Angleterre ; dans son avide empressement de se montrer en tête de h coalition contre Bonaparte, il avait tout précipité.

Le 8 septembre ce général, accompagné de l'Ardih

Page 1