CHAPITRE IV
sentai au général que j s'il persistait dans cette direction, après avoir manqué à l'appel du Prince, puisqu'il ne lui restait plus le temps d'y répondre , il manquerait à Tordre de l'Empereur, qu'il pouvait encore exécuter. Ce nouveau point de vue parut si décisif à Saint-Hilaire , que, changeant une quatrième fois, après avoir ainsi erré depuis deux heures d'une direction à l'autre, il reprit celle d'Âugsbourg. Cette fois enfin , persuadé qu'il continuerait et croyant ma mission remplie , je retournai en rendre compte.
J'eus tort à mon tour : porteur d'un ordre de cette importance, et l'exécutic^ en devant être immédiate, j'eusse dû y assister. Ma mission achevée ainsi plus complètement, mon retour eût été plus intéressant, plus utile, et Napoléon plus satisfait. Cependant, quand je le revis, il ne songea pas à m'en &ire l'observation. Je le retrouvai à Donawerth debout encore, et habillé comme je l'avais laissé la veille. Il était deux heures après minuit. Par égard pour Saint-Hilaire, j'abrégeai les détails de sa longue incertitude. J'indiquai seulement l'heure et le lieu où j'étais parvenu à déterminer ce général, a C'est d'autant mieux, me dit « l'Empereur, que l'ennemi a été bien battu à Veru tingenl » Puis, me conduisant à une console, il ajouta : « Voyons , où avez-vous laissé Saint-Hilaire? « Montrez-moi cela sur cette carte. » Ce que je pus foire sans hésiter, ayant bien consulté la mienne, et quant aux distances m'en étant enquis sur place, d'où je conclus l'heure à laquelle Augsbourg avait dû être occupée, (c Fort bien , reprit Napoléon , et mainte- « nant allons nous reposer. » Ce qu'il ne fit guère.
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comme raltestent ses dépêches à ses maréchaux datées de celte nuit, et mes souvenirs, car^ trois heures après ravoir quitté, et le jour du 9 octobre commençant à peine , rappelé près de lui , je le retrouvai à cheval , passant sur la rive droite du Danube.
Pendant les premiers pas de cette marche Duroc me dit : <c Racontez-moi donc ce qui vous est arrivé a hier avec Saint-Hilaire. » Je le satisfis, c Ainsi, <K reprit-il , vous avez cru , et vous avez dit à TEm- « pereur, qu*Âugsbourg avait dà être occupée Iiier (( au soir par ce général ! — Oui , sans doute , lui ré- « pondis-je. — Eh bien! continua Duroc , il estarrivé ce tout le contraire. Figurez-vous que, aussitôt après a votre départ , une dernière hésitation la fidt re- « tourner sur Vertingen, mais pour tout de bon. (( Il était plus de minuit lorsqu'il est arnvê sur ce a champ de bataille, où vous jugez bien quil n'a « trouvé ni amis , ni ennemis ; d'où il résulte que, en (( voulant être partout, il n'a été nulle part, ni où il « a cru devoir être , ni où Ton voulait qu'il fikt. Son (( indécision Ta fait tomI>er dans les deux inconvé- « nients qu'il s'eflTorçait d'éviter ; elle l'a annulé, et il (c s'est rendu partout inutile ! »
Je demeurai consterné de cette faute, devenue sans aucune excuse. Quant à sa première hésitation, dans une telle alternative , dire à quoi Saint-Hilaire eût dû sur-le-champ se décider, cela n'est pas si facile. Désormais pourtant , et après le fatal exemple de Waterloo , quel Français , en pareil cas , balancerait à répéter les premières paroles que m'avait adressées ce général : « Il faut aller au plus pressé! le canon com-
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« mande ! Et quel que soil l'ordre contraire , le cas « étant imprévu y il est de principe de répondre à cet « appel! »