‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 208 sur 311 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

U en faut aussi convenir, de Guntzbourg à PfafTenhofTen y Tarmëe lui avait offert l'aspect du plus grand désordre. Les chemins^ entièrement défoncés , étaient semés de nos chariots alsaciens embourbés , dé leurs conducteurs désespérés, et de chevaux abattus, expirant de faim et de fatigue. A droite et à gauche , nos soldats couraient, à la débandade, au travers des champs , les uns cherchant des vivres , les autres chassant, avec leurs cartouches, dans ces plaines giboyeuses. A leurs coups de feu redoublés , au sifflement de leurs balles , on se serait cru aux avant-postes , et Ton y courait le même danger.

Il n'y avait rien à faire à cette licence : le soldat, sans distribution , ne vivait que de maraude , dont il nourrissait son officier. L'Empereur passait sans paraître faire attention à ces désordres, suites inévitables de mouvements si divers et si rapides pour atteindre le plus glorieux des résultats. Au reste ces grandes armées, telles que les colosses, ne sont bonnes à voir que de loin , d'où bien des détails défectueux sont inaperçus, comme aussi ce monde lui-même, dont l'ensemble impose l'admiration , mais où tant de détails semblent sacrifiés à cet admirable ensemble 1

Pour moi , je l'avouerai , j'eusse pu rendre ma reconnaissance du pont de Leiphem plus utile à l'Empereur : j'aurais du lui dire quels en étaient les abords , la configuration des deux rives, et surtout que la droite conimandait la gauche. Je négligeai d'insister sur ce point de vue, quelle qu'en fût pourtant l'importance.

Le regret que j'en conçus, aussitôt après, fut d'abord

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tout d'amour-propre ; mais il devint plus sérieux lei jours suivants. En efTet, si j'elisse attiré l'attention de l'Empereur sur la facilité de ce passage libre alon, tandis qu'au contraire / à deux heures de là , cehri d'Elchingen , fortement occupé y était de Tabord leplii« dangereux , vraisemblablement il l'eût préfâé, ou du moins il eût, par une double attaque, partagé les forces de l'ennemi et sa résistance. Le lendemadn la brillante mais bien sanglante affaire d'Elchingen, où Ney , prenant le taureau par les cornes , pouvait être repoussé , en eût été plus sûre et moins ooûteose. Voilà comment les moindres détails ont de l'importance, et pourquoi, dans ces moments critiques, il n'y a guère de fautes insignifiantes.

A ce propos, rendons grâces au maréchal Saint* Cyr d'avoir renouvelé une institution du marédial de Ségur, mon grand-père , en créant une école et un corps spécial d'État-Major. Désormais l'instruction qu'on y reçoit devra rendre de pareilles négligences impossibles ou impardonnables.

Ma seule excuse était dans l'excès de ma fiit^iie. Pourtant, quelqu'excédé que je fusse par trente-six heures de marche consécutive siu* mes chevaux d'à- ])ord, puis sur d'autres d'ordonnance ou de paysans, l'Empereur, tout préoccupé de ce qui se passait sur l'autre rive, m'envoya encore, à plusieiurs lieues de là, porter l'ordre à sa grosse cavalerie de s'éclairer sur le Danube. C'était en ce moment que le maréchal Neyi trop pressé par ses instructions, faisait vainement attaquer les abords du pont d'Elchingen par une trop faible avant-garde. Giemin faisant, le bruit du canon

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