CHAPITRE V
jusqu'au i3 octobre , Tœil à la fois, d'une part sur TÂutriche, où il compte les pas des Russes; d autre part sur le Tyrol et Farinée de T Archiduc Jean, dont les corps, détaches au secours de Mack, viennent se faire battre en détail ; enfin et surtout sur Mack luimême, qu'il vient d'entamer les deux jours précédents, à Vertingen , à Guntzbourg, et qu'il fait resserrer sur I31m et sur l'Iller.
Quelque peu*d'estime qu'il fasse de ce feld-maréchal , par le passé jugeant le présent , il ne peut se persuader que, à I31m , Mack, qu'il croit fort encore d'environ quatre- vingt mille hommes , ne suivra pas l'exemple de Mêlas à Marengo ; et que, dans sa position désespérée, il ne cherchera pas sa fin ou son salut dans une bataille !
Cependant deux autres partis restent à prendre à ce général : celui de se jeter dans les Alpes par la haute Souabe, ou celui de se retirer sur la Bohème par la rive gauche du Danube. Le premier de ces partis , Napoléon le rend impossible, en poussant Soult de I^ndsberget d'Augsbourg sur Memingen et Bîberach. Pour le second , soit que les rapports de Murât eussent trompé l'Empereur, ou qu'il eût trop compté sur Dupont se condé par d'Hilliers qui lui manqua , tous deux occupant encore vers Albeck la rive gauche du Danube, il néglige cette rive , convaincu que Mack l'attend sur l'Iller où se trouvent ses magasins. C'est donc là qu'il a ordonné à Murât de tout attirer autour de lui : Lannes, Ney lui-même , Marmont , Soult ensuite, cent mille hommes enfin ! De là le passage sanglant de Ney , le 9 octobre , sur la rive droite par les ponts au-
dessous d'Ulm , suivi de Tabandon trop complet de la rive gauche du Danube.
Napoléon avait trompé Mack par l'exécution si npide de la première et grande manoeuvre , et maintenant lui-même, à son tour, est trompé par rinconoevable et stagnante irrésolution de son adversaire. Et d'abord , le 9 , le lo surtout, il a été tellement convaincu d'un grand effort de ce feld-maréchal ^ ou sur Augsbourg j ou vers le Tyrol , et surtout du ralliement de son armée sur Tlller, que , supposant Ulm à peu près abandonnée , il a ordonné à Ney, puis à Dupont même tout seul, de s'en saisir ! Enfin, à compter du 10 au soir, il croit si exclusivement à une bataille sur l'IUer, qu'il en annonce le jour et le lieu à ses maréchaux, (c Mack, écrit-il en Bavière à Davout et (c à Bernadotte, succombera le i4 sur Tlller; et, le < 1 8 octobre , tout étant terminé de ce côté , Os verff ront arriver l'Empereur à leur aide, avec quarante (C mille hommes l »
Mais, dans la nuit du 12 au i3, tout change. Une lettre de Lannes, pleine de cet instinct de la guerre, si puissant en ce maréchal, montre à Napoléon Murât l'abusant par ses rapports, ne r^ardant que devant lui , attirant tout à lui , et , en dépit de M^, ayant fait livrer à l'ennemi , et Dupont et la rive gauche du Danube. D'autre part la nouvelle du combat d'Albeck, où Dupont, un contre quatre, et abandonné par d'Hilliers, a été enveloppé; où, quoique vainqueur sur le champ de bataille , il s perdu derrière lui son matériel et s'est vu forcé de se retirer, vient d'arriver au quartier impérial. Cette
lettre deLannes, cette nouvelle de Dupont, à laquelle Napoléon était si loin de s'attendre , transportent enfin son attention sur la rive gauche : il commence à douter d'une bataille sur Tlller ; il ne peut plus regarder comme insensée la crainte d'une retraite de Mack par Nordlingen sur la Bohême : il vient de lui en donner la possibilité. Dès lors une vive anxiété s'empare de l'esprit de Bonaparte. Son grand parc , ses renforts, sa ligne d'arrivée ou d'opérations enfin , sont sans garanties suffisantes sur la rive gauche du Danube. Mack, dans Ulm, est sur les deux rives : il peut, il semble même vouloir, pour s'évader, profiter de cet avantage. Il faut donc à l'instant, et s'il en est temps encore, d'une part se réemparer impétueusement de la rive gauche; d'autre part reconnaître à fond l'ennemi sur la rive droite jusque dans Ulm, pour s'assurer à la fois de ses intentions sur les deux rives et l'y contenir!
Aussitôt partent , le 1 3 octobre , cent instructions dont la plus importante fut l'ordre, au maréchal Ney, de repasser à tout prix, dès ce jour même , le Danube à Ëlchingen, ce qu'il ne put exécuter que le lendemain. Inquiet, impatient. Napoléon déjà m'avait envoyé la veille au soir à Murât , lui porter des ordres , lui demander des nouvelles; à quoi ce Prince, enfin détrompé, m'avait répondu que l'armée ennemie n'était plus devant lui , et qu'elle avait passé sur l'autre rive. Mon instruction portait de revenir dans la nuit à Guntzbourg, où l'Empereur arriva le i3, avec le jour. La , prévenu par moi qu'un parti ennemi avait été aperçu sur son passage, dans son
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ëtonnement il m'envoya reconnattre, en amont do fleuve , le pont de Leiphem qu'il croyait gardé. Citait admettre la supposition fort possible, que déjà Tennemi avait pu s'avancer d'Ulm jusque-là, en descendantle fleuve, par sa rive gauche, pour nous échapper.
Je ne retrouvai l'Empereur, dans l'après-midi, qu a Pfa(Tenho(Ten , chez Murât. Sur mon rapport, que Leiphem était rempli de nos troupes, mais qu'elles ne songeaient nullement à garder le pont , haussant les épaules , il dit à son beau-frère : « Cest donc c( partout de même! Vous voyez comment nos or- (c dres sont exécutés! » Je ne sais si ce reproche, ainsi généralisé, s'adressait à Ney ou à Murât ; mais évidenmient l'Empereur s'apercevait que, pendant son séjour à Augsbourg , tout avait langui ; que l'ennemi avait été négligé , mal reconnu ; que désormats il fallait que lui-même fût présent partout, et qu'il ne devait s'en rapporter qu'à son coup d'oeil.
Aussi envoyait-ii, en ce moment, ordre sur ordre à Lannes et à Marmont de resserrer Ulm ; il y appelait Souk de Memingen ; la nuit et les rapports arrivés, il reprochait à Ney, qui n'avait que trop obéi , Visolenient de Dupont sur l'autre rive ; il le grondait d'avoir faiblement attaqué , dans la soirée , le pont d'Elcliingen, et de s'être fait repousser. « Il trouvait k « propos, lui écrivait-il, d'attirer l'ennemi dans « des combats partiels , qui ne pouvaient que nous « être avantageux , mais en se gardant bien de ris- « quer, par de petits revers, de relever le cceur de « Teiinemi , et de rendre ainsi le moral à une armée « qui n'en avait plus! » #