CHAPITRE II. 42t
pour une suspension d'armes il n'en comprenait que rinopporlunité , puisqu'il n'apercevait plus , nulle part devant lui, d'armée autrichienne avec laquelle lui, en tête de deux cent mille hommes , eut besoin de con- •dure cet armistice.
Ce fut là, du moins, ce que, autour de Napoléon, nous apprîmes de cette conférence. Pendant qu'elle avait lieu , l'aide de camp de Giulaî se plaignait à nous , avec une amertume extrême, des excès des Russes. En même temps M. de Thiard, l'un d'entre nous, avait été attiré dans un entretien ^cret par le Prince <le Lichtenstein. Là, soit que ce personnage en eût mission,, soit que, de lui-même, il fût enclin à l'usage^ de sa Cour de venir, par des mariages, en aide à ses armes, ses insinuations furent telles, que, en lequittant, Thiard crut devoir aussitôt se faire annoncer à l'Empereur : ce Lichtenstein venait , lui dit-il , de l'inter- <c peller sur le bruit répandu, qu'une Princesse de « Bavière était demandée pour le prince Eugène; ^ sur sa réponse le Prince autrichien avait ajouté : 9 Pourquoi vous arrêteriez-vous sur ce chemin? « Vienne n'a-t-elle donc pas aussi des Princesses « prêtes? Et la paix ne pourrait-elle pas être scellée « par un autre mariage? » A ces mots, et de premier mouvement : « Une Princesse autrichienne ! s'écria « Napoléon; Oh! non, jamais! la France en serait ré- « voltée! cela lui rappellerait Marie- Antoinette! » Alors, surpris d'une communication aussi importante et ainsi faite , il demanda à Thiard d'où venait cet ^panchement de Lichtenstein , et pourquoi celui-ci l'avait choisi pour une telle confidence.
Thiàrd était d'un esprit vif et entreprenant , peutêtre même trop indépendant de Fopinion publique. Il avait de ce sang aristocratique que ne troublent ni la présence y ni les interpellations des bommes les plus imposants. Rien ne le gênait, soit caractère, soit aswrance que donne une grande fortune , étant d'ailleurs d'instinct fier, se sentant de cette soucbe d*oJi sor* taient encore alors les grands de tous pays , anxquek les affaires d'État sont familières, et qu'il était accoutumé à traiter comme ses pareils.
Il connaissait bi^ et l'Autriche et les Allemands dans les rangs desquels il avait servi; il pariait leur langue et se savait utile à Napoléon. Il répondit donc sans embarras, sans ménagements même : « Que, avant ce été du corps de Gondé , il avait souvent combattu « sous les yeux de Lichtenstein , et que , pariant les <c deux langues, maintes fois il avait servi d'intermé- <c diaire entre les Autricbiens et le Duc d'Enghienl »
A ce nom, que peu d'autres eussent osé prononcer, quelles que fussent les préoccupations présentes- de l'Empereur, l'entretien changea d'objet : il porta tout entier sur ce souvenir. Pendant près d'une heure Ha* poléon, paraissant avoir oublié le reste, inteiroget Thiard sur le caractère , l'esprit , les talents guemers de l'infortuné Prince ; et ce fut avec un air d'intérêt curieux, calme et naturel, comme s'il n'eût parlé ni de sa victime, ni à celui qui avait servi longtemps d'aide de camp près d'elle, el qui en avait été rami. Les réponses de Thiard furent sincères, et l'éloge si complet que Napoléon s'écria : « Mais c'était donc rédle- « ment un homme que ce Prince-là 1 » Puis, avec le