CHAPITRE V. 4S
Cette position oblique ne semblait que défensive , timide méme^ négligemment gardée au centre et surtout à la droite; elle paraissait exclusivement redoutable à gauche j mais Bernadotte et nos réserves pouvaient, d'un élan, prendre à revers toute attaque contre notre centre et notre droite. L'armée ennemie au contraire, moins forte devant notre gauche sur la route d'Olmutz, et que le ravin de Blazowitz séparait du reste, s'était amoncelée, au centre et à découvert, sur le plateau de Pratzen : elle étendait sa gauche au loin, vers Aujerzd, pour la pousser en avant contre notre droite refusée le long des lacs.
Les forces étaient inégales : quatre-vingt-dix mille hommes contre soixante-cinq mille! L'avantage du nombre était aux alliés : il était de vingt-cinq mille hommes. La disposition des lieux le compensait. Des deux lignes opposées, l'une était en vue , et l'autre masquée, premier avantage. Elles formaient comme deux arcs de cercle, dont le nôtre était le plus resserré, second avantage, qu'augmenta bientôt la manœuvre imprudente d'Alexandre.
Un rideau épais de Cosaques d'une part, et de notre côté une ligne claire de vedettes à portée de mousquet , couvraient les deux fronts. Pendant que, derrière leurs grandes gardes , les deux armées, à deux portées de canon l'une de l'autre , et leurs armes en faisceaux, mangeaient et se reposaient paisiblement autour de leurs feux comme par un accord tacite, et se préparaient pour le lendemain, Napoléon, suivi de quelques-uns de nous et de vingt chasseurs de sa Garde, s'était avancé entre les deux lignes, et en par-
courait, de droite à gauche, le développement. Il fit cette dernière reconnaissance générale lentementi ao pas, et tellement près de Tennemi, que, vers Pratzeiii le capitaine de ses Chasseurs d'escorte, Daumesnil, célèbre depuis par la défense de Vincennes, et iuch, nous provoquâmes étourdiment, à portée de pistolet, b Sgae ennemie, ce qui nous fit vivement réprimander, nous étant attiré quelques coups de feu dont les balles sifflèrent aux oreilles de TEmpereur,
Je me souviens même que, mal corrigés de cette imprudence et parvenus à Textréme gauche au delà du Santon, tandis que Napoléon en examinait les approches, une contestation s'éleva entre nous , k propos de la distance qui nous séparait, sur ce poinf, de l'ennemi, et que ce même Daumesnil, fort adroit tireur, voulant m'en prouver la proximité , prit la canbîne de l'un des siens, en posa le canon sur Fépaule de ce chasseur, et démonta d'un coup de feu Tofficier russe que nous faisait distinguer le mieux Téditiote hlancheur de sa monture.