CHAPITRE VI
«ne vaste barraque ronde, hutte de bûcheron, le feu ^u milieu , éclairée par le faite , et que ses grenadiers avaient construite. Sa voiture dételée était auprès; il avait couché dedans les nuits précédentes. Il y avait ^ussi près de là, vers la grande route, une maison isolée de paysan, pauvre chaumière, où ses cantines ^'étaient établies , et où nous dinions avec lui dans la ^eule chambre basse et sur la seule table longue entourée de bancs qui s'y trouvaient. La division de grenadiers de Duroc et d'Oudinot bivouaquait en avant, Ja Garde autour et en arrière.
Il venait d'y arriver quand, vers quatre heures, sur un avis de notre avant-garde , reparaissant hors de son quartier, une longue-vue à la main, il dirigea ses regards sur le plateau de Pratzen qu'il avait en avant à droite. Un grand mouvement de flanc du centre de l'armée russe s'y dessinait. On apercevait, derrière sa première ligne, les colonnes ennemies se prolonger à leur gauche et à découvert vers Aujerzd et les deux lacs. A cette vue, tressaillant de joie et frappant des jnains, il s'écria : ce C'est un mouvement honteux ! ils <c donnent dans le piège ! ils se livrent ! Avant demain « au soir cette armée sera à moi ! »
En effet il était évident que les Russes, dans leur orgueilleuse inexpérience , nous supposaient frappés de crainte et résignés à une timide défensive, s'imaginant qu'ils n'avaient rien à redouter en face, et ne songeant <ju'àse jeter sur notre droite, entre Vienne et nous, pour nous tourner et pour couper toute retraite à notre infaillible déroute du lendemain! Us osaient donc, sous nos yeuXy portant leurs principales forces de ce côté , dé»
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garnir leiir centre, et abandonner, a leur aile droite affaiblie, leur ligne d'opérations ou de retaite. On eût dit que déjà vainqueurs, et n'ayant plus d'autre crainte que de nous laisser échapper, ils ne songeaient qu'à nous achever, et nullement à la possibilité qu'ib eus* sent eux-mêmes à se défendre i
En ce moment FEmpereur, afin d*enfler leur présomption plus encore, ordonna à Murât de sortir des rangs avec quelque cavalerie , de montrer de Fmquiétude , de l'hésitation , et de se retûrer aussitôt, comme effrayé. Cet ordre donné , il revint à son bivouac. Là , dans une proclamation qu'il ^cla de sa voiture, et qu'il fit aussitôt répandre, après avoir montré l'armée russe à ses soldats leur prêtant le flan:^ et offrant à leur valeur une gloire assurée, il leurdit que lui-même dirigerait leurs bataillons, leur prooiellant de ne s'exposer que si la victoire hésitait, et après die de bons cantonnements et la paix. Alors, entrantavec nous dans la chaumière voisine, il se mit gaiement k table.
Murât et Caulincourt étaient assis près de lui, pois Junot, le général Mouton, Raap, Lemarois, Lebrun, Maçon, Thiard, Ywan et moi. Le repas fut long,conlie l'habitude de l'Empereur qui ne restait guère plus de vingt minutes à table ; l'attrait de la conversation ly retint. Quant à moi, persuadé que le grand événemeiLt près de décider de sa fortune ferait les frais de cet entretien, j'écoutais attentivement; mais il arriva tout le contraire. L'Empereur, dès les premières paroles, interpellant Junot qui se piquait de quelque littérature, mit la conversation sur la poésie draina-