CHAPITRE VI
tique. Celui-ci lui ayant répondu par la citation de plusieurs tragédies nouvelles , Napoléon , comme s'il eût oublié l'armée russe , la guerre et la bataille du lendemain, se récria , entra tout entier dans cette matière et, s'y échauffant, déclara : « Que, à ses yeux, « nul de ces auteurs n'avait compris le nouveau prin- «c cipe qui devait servir de base à nos tragédies mo- « dernes ! Qu'il avait dit à Tauteur des Templiers, que « sa tragédie était manquée ! Qu'il savait bien que ce « poète ne lui pardonnerait pas ; que , en cela , l'amour- « propre d'auteur était inexorable ! Qu'il fallait louer « ces Messieurs pour en être loué ! Que, dans cette « pièce, un seul caractère était suivi, celui d'un homme « qui voulait mourir ! Mais que cela n'était pas dans la o nature, et ne valait rien ; qu'il fallait vouloir vivre « et savoir mourir ! v
« Voyez Corneille, s'écria-t-il, quelle force de concc ception ! C'eût été un homme d'État ! Mais les Tem- « pliers ; cette pièce manque de politique ! Il eût fallu cr mettre Philippe-Auguste dans la nécessité de les « détruire ; il fallait , en intéressant le public à leur « conservation, faire sentir fortement que leur existe tence était incompatible avec celle de la monarchie ; et qu'ils étaient devenus dangereux par leur nombre, « leurs richesses et leur puissance ; que la sûreté du « Trône exigeait leur destruction ! »
« Aujourd'hui que le prestige de la religion païenne « n'existe plus, il faut à notre scène tragique un autre « mobile. C'est la politique qui doit être le grand #c ressort de la tragédie moderne ! C'est elle qui doit « remplacer, sur notre théâtre, la fatalité antique;
a cette fatalité qui rend OEdipe criminel sans qu'3 (c soit coupable ; qui nous intéresse à Phèdre, en dhira géant les Dieux d'une partie de ses crimes el de oc ses faiblesses. Il y a de ces deux principes dans « Iphigénie; c'est le chef-d'œuvre de Fart, le dhef- <c d'œuvre de Racine , qu'on accuse bien a tort de cr manquer de force ! » Et il ajouta. : « Que c'était une ce erreur de croire les sujets tragiques épuisés; qu'il <c en existait une foule dans les nécessités de la pcG- (r tique; qu'il fallait savoir sentir et toudier cette a corde ; que dans ce principe , source abondante d'é- (c motions fortes, germe fécond des situations les plus (c critiques, autre fatalité aussi impérieuse, aussi dotf ininatrice que la fatalité des anciens, on en Kirou- <c verait les avantages ; qu'il ne s'agissait que déplacer (C ses personnages contradictoirement à d*attties fas- <c sions ou à d'autres pencliants, sous Vinfiuenoe <c absolue de cette nécessité puissante I Qu'ainsi tout ce ce qu'on appelait coup d'Etat, crime pcdilique, « deviendrait un sujet de tragédie, où, lliomiir étant « tempérée par la nécessité , un intérêt nouveau et « soutenu se développerait. »
Alors vinrent quelques exemples, mais non pas odui de ses souvenirs qui peut-être l'inspirait le plus en œ moment. L'un d'eux le reporta au temps de la campagne d'Egypte. A ce propos, passant à un sujet plus conforme à notre situation présente et aux habitude! de la plupart de ceux qui l'entouraient : a Oui, re* n prit-il y si je m'étais emparé d'Acre , je prenais k « turban ; je faisais mettre de grandes culottes i a mon armée ; je ne l'exposais plus qu'à la demicre