CHAPITRE VI
« extrémité; j'en faisais mon bataillon sacré , mes im- « mortels! C'est par des Arabes, des^ Grecs, des Ar- « méniens que j'eusse achevé la guerre contre les « Turcs ! Au lieu d'une bataille en Moravie , je ga- <c gnais une bataille d'Issus , je me faisais Empereur « d'Orient, et je revenais à Paris par Constantinople ! »
Il accompagna ces derniers mots d'un sourire, comme pour indiquer qu'il se laissait entraîner à nous rappeler l'un des jeunes rêves de son imagination conquérante; rêve qui, toutefois, se serait vraisemblablement réalisé, puisque, selon d'irrécusables témoignages de voyageurs alors présents dans le Liban, cent raille chrétiens l'avaient attendu de ce côté, l'appelant de tous leurs vœux, et prêts, au signal deia prise d'Acre, à venir se joindre à ses armes !
En ce moment je hasardai, à demi-voix, cette observation : ce Que s'il s'agissait de Constantinople, nous « étions encore sur le chemin de cette capitale ! » Je ne sais si Junot m'entendit, ou si, la même pensée lui étant venue, il crut à propos de répéter les mêmes paroles, mais Napoléon lui répondit : « Non, je connais les France çais ; ils ne se croyent bien qu'où ils ne sont pas. Avec « eux les longues expéditions ne sont point faciles. « Et tenez; rassemblez aujourd'hui les voix de Tar- « mée ; vous les entendrez toutes invoquer la France ! « Tels sont les Français ! c'est leur caractère. La France « est trop belle ; ils n'aiment point à s'en éloigner au- « tant , et à rester si longtemps séparés d'elle ! » A quoi Junot ayant objecté les témoignages d'ardeur qu'on voyait éclater dans tous les rangs, le général Mouton, de sa voix austère, l'interrompit rudement par
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ces mots : ce Que ces acclamations prouvaient le oona traire; qu'il ne fallait pas s'y tromper ; que Tannée a était fatiguée; qu'elle en avait assez; que, si l'on cr voulait Tentrainer plus loin, elle obéirait, mais à a contre-cœur ; qu'enfin elle ne montrait tant d'aroc deur la veille de la bataille, que dans Fespoir d'en (c finir le lendemain, et de s'en retourner diez elle! »
L'Empereur, à qui ces paroles si loyales plaisaient peu sans doute, leur donna pourtant raison; maîiil rompit l'entretien, et se levant aussitôt : m En attenc( dant, ajouta-t-il, allons nous battre! »
Cependant le jour était arrivé à son dédin; le mouvement à gauche de l'ennemi continuait, et Napoléon, dont toutes les dispositions étaient prises, après avoir renouvelé ses instructions, visite ses parts, ses ambulances, et s'assura, par ses yeux, que tous ses ordres étaient exécutés. Il revenait à son bifoiiac, lorsque, entendant à sa droite une vive fusillade, il J envoya Tun de nous ; puis, se jetant sur la paille de sa barraque, il s'y endormit profondément.
Il dormait encore, et depuis quelques heoRsla nuit du i^ au 2 décembre était close, quand Tûde de camp revint , le réveilla non sans peine, et kd apprit qu'une attaque chaude vers les lacs, sur l'un des derniers villages de notre droite, venait d*étre repoosB^- Cela confirmait ses prévisions; mais, voulant une dernière fois reconnaître lui-même, par les feux des lavouacs, les positions de l'ennemi, il remonta à chevali et, suivi de peu d'entre nous, il s'aventura entre ks deux lignes.
Il les prolongeait lorsque, en dépit depli