‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 26 sur 311 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

* nant sa dictée du 25 avril, que le sëjour de Dijon « vous donne de la mélancolie ; soyez gai ! » Dans les dépêches suivantes, il redouble. Génie des plus vastes projets , il en saisit à la fois Tensemble et jusqu'aux plus minutieux détails ; faculté puissante qui le multiplie, qui le rend présent partout; sublime étincelle, dont le foyer est en Dieu , que nous vîmes tant de fois briller dans ce grand homme, et qui nous aide à concevoir l'universalité de la toute-puissante et suprême intelligence dont elle émane !

Mais tant d'efforts amenaient trois résultats, dont il s'agissait de cacher au dehors l'accomplissement : la création d'une armée, la formation de ses magasins, la présence, au point d'attaque, du Premier Consul. Ces trois faits, en dénonçant d'avance l'expédition, en devaient faire manquer le but, qu'il fallait dérober aux regards de tous. C'est pourquoi, quant à l'armée de réserve, la réunion en fut hautement annoncée dans Dijon. L'attention de l'ennemi ainsi concentrée dans cette ville , on eut soin de n'y montrer qu'environ quatre mille recrues, nous entre autres, alors très-remarques par l'appel du Premier Consul , par notre nom de volontaires de Bonaparte ^ par un brillant uniforme, et par le contraste frappant de l'insignifiance de notre force numérique. Mais, en même temps que nous paradions à Dijon, les batteries s'organisaient autour de Lyon et sur la frontière; les escadrons, les bataillons , à demi armés et habillés, se complétaient de tout, chemin faisant; ils défilaient séparément, sans bruit, à marches forcées, et de toutes parts, vers Lyon et Genève.

Quant aux magasins , il était impossible de ne pas les former à portée du véritable lieu du rassemblement ; mais on fit répandre le bruit qu'ils étaient destinés pour Toulon, menacée par Tinvasion autrichienne et par la flotte anglaise.

Restait le départ du Premier Consul, impossible à dissimuler ; mais une circulaire aux préfets, en le publiant, annonça son retour à Paris dans quinze jours. Enfin, quand il lui fallut paraître à Genève, on le vit feindre d'en visiter les environs, comme pour s'y choisir, pour l'été, un établissement frais et commode, puis renouveler l'annonce de son retour dans la capitale , sur la fausse nouvelle d'une insurrection qu'il accrédita.

A ces précautions se joignirent d'autres calculs. Il compta sur l'esprit de parti, sur la coutume de toute faction vaincue au dedans , de préférer à une insupportable résignation le secours d'une invasion ennemie. Il prévit, ici surtout, l'alliance naturelle de notre ancienne aristocratie avec l'armée de l'aristocratie étrangère. Sans doute nos royalistes , dans leur empressement à appeler Mêlas en France à leur appui , lui promettraient tout; ils le tromperaient d'autant mieux sur notre situation intérieure , que, dans leur aveugle et crédule passion , ils se seraient là-dessus trompés eux-mêmes; ils montreraient donc, partout en France à ce général, nos cœurs, nos bras ouverts, qui l'attendaient , notre trésor vide , nos campagnes épuisées de recrues, nos camps déserts; illusions dont s'enivrerait Mêlas et que confirmeraient en lui , et l'aspect du scandaleux dénûment où le Directoire

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