CHAPITRE VI. 4S
venait de laisser tomber notre armée de Gênes, et son propre espoir dans la faiblesse présumée du gouvernement consulaire, si nouveau et sans doute encore mal affermi.
D'ailleurs la promptitude du génie français pourrait-elle être appréciée par la lenteur allemande ? Et puis l'orgueil d'une année de victoires n'éblouiraitelle pas cet Autrichien, ainsi que l'ambition d'achever, dans Gênes, la conquête de l'Italie, et de commencer, au travers du Var, celle de la France?
Une circonstance favorable devait prolonger cette déception. Il y avait six mois qu'une faible tentative de diversion avait été imaginée par le Directoire : c'était par le Saint-Bernard qu'on l'avait essayée. Quelques milliers de Français s'étaient alors montrés à l'Italie du sommet de cette montagne ; mais Mêlas ne s'y était point mépris, et son dédain pour cette vaine démonstration l'avait rendue inutile. Quand donc reparaîtrait, sur ce glacier, la tête de notre colonne , ce général, aujourd'hui plus victorieux, serait-il moins confiant? Non sans doute, et, comme tant d'autres, se fiant sur un heureux précédent et voulant continuer le passé , il se livrerait à l'avenir, sans assez calculer le changement des temps et celui des hommes.
Toutes ces suppositions se réalisèrent. Et quand soixante mille Français, déjà vainqueurs par leur audace, étaient prêts, la coalition , comme son général, riait encore des efforts de Bonaparte, convaincue que, dans cette armée de réserve, il n'avait pu rassembler que douze à quinze mille invalides et recrues pour les combattre.
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sioiis : Tune à sa droite et complètement victorieuse ; l'autre à sa gauche pour rouvrir ses communications avec Suchet. Cette seconde attaque, quelque glorieuse qu'elle fût, avait échoué par le hasard d'une rencontre simultanée, Mêlas, avec des forces quadruples, ayant choisi le même jour pour nous attaquer de ce côté. La troisième et la quatrième sortie d^e Masséna eurent le sort des deux premières : la troisième ayant été victorieuse, et la quatrième repoussée. Soult avait voulu celle-ci; il y resta, blessé et prisonnier, aux mains du général Ott, qui dès lors nous contint dans Gênes, où Masséna ne devait céder qu'à la plus horrible des famines.
Cependant, jusqu'au 25 avril, Moreau, quoique libre d'agir à son gré, ne se trouvant jamais assez muni de tout, attendait encore. Il fallut un ordre impatient de Napoléon pour qu'il commençât. Le 25 enfin , il lança bruyamment et violemment son aile gauche, par Stras]x)urg, au delà du Rhin. Elle y repoussa laile droite de l'ennemi, y attira l'attention et les forces du feld-maréchal ; puis, vingt-quatre heures après, il la fit subitement rentrer en France pour en ressortir avec le «entre de l'armée par Vieux-Brisach, et tourner la forêt Noire du côté du Haut Rhin, et en remontant la rive droite. Simultanément Moreau lui-même, avec sa réserve se liant à cette marche , déboucha par Baie et poussa jusqu'au delà deSchaffliouse, où Lecourbe, franchissant le Rhin à son tour, allait se réunir à lui sur le flanc gauche et les derrières de l'armée d'Autriche.
Ainsi Kray, trompé d'un côté par une vive et fausse attaque, s'était d'abord senti frappé à droite; pendant