CHAPITRE III
à cette distance , on ne peut distinguer la sale misère des habitants. Legite féodal «t élevé de Bisignano, ville de trois mille âmes, nous reçut avant la nuit.
Le jour suivant nous remontâmes la fertile vallée du Crati à Tombre de vergers , de vignes , et sous des quinconces d'oliviers, de mûriers et de figuiers jusqu'à la capitale de la Calabre citérieure. C'était Cosenza, jadis tombeau de la sœur de Didon ! Le grand Alaric y mourut. Elle était la capitale des Brutiens. Cette ville, bâtie à fleur d'eau, est en cela presque unique en ce pays. Elle est défendue, ou plutôt contenue, par un vaste château situé sur un tertre. De hautes montagnes, de l'aspect le plus sauvage, la resserrent de trois côtés. Son commerce en manne , en réglisse , et surtout en huile et en soieries , nous parut bien languissant. Elle se vantait d'être peuplée de neuf mille habitants, dont plusieurs avaient des fortunes de quarante mille francs de rentes.
Les prisons y étaient combles de brigands et de condamnés à mort; malheureux, que les abus de la féodalité avaient conduits à la misère, de la misère au vol et au meurtre, et que l'incurie ou le découragement de l'informe justice de ce pays laissait pourrir dans des cachots insuffisants pour im si grand nombre de criminels.
Toute la population de cette capitale et des environs, parée, ravie, transportée, sans savoir pourquoi, d'une joie aussi vraie qu'invraisemblable, s'était précipitée au-devant de nous, faisant retentir Fair de ses acclamations, nous tendant les bras, et invoquant Dieu et tous les saints pour leurs nouveaux maîtres l Qr
510 LIVRE YINGTltME.
il n'y avait pas cinq jours que ces peuples eussent massacré notre garnison , si le gén^l Verdier, apns plusieurs combats sanglants, en écrasant Finsurreclkm qui les environnait, ne les eût dégoûtés de 8*y joindre. Mais sa victoire et la présence du Prince avaient exalté en notre faveur leur imagination mobile. Elle s*épuisa en témoignages d'un dévouement que deux mois suffirent à transformer en transports oonindres et si fi£roces, qu'on ne put les vaincre qu'à force de sang et de supplices.
On comprend que , dans le petit nomfaR qm' fermait la classe aisée , toujours plus en vue , plu prudente, plus satisfaite, et qui n'a guàne qu*à perdre am bouleversements, il y eut, dans l'une et Vautre alternative, plus de mesure, mais bien peu. Plusieurs de ceux-là pourtant en gardèrent assez, dana la réaction sanglante qui survint bientôt, pour $e voir assodés à nos infortunes.
Le surlendemain nous nous élevâmes, de Owerff^ à Scigliano, sur les hauteurs rudes et abruptes du Brutium, jusqu'aux sources du Savuto qui ¥ene ses eaux dans le golfe de Sainte-Euphémie et daoslamer Tyrrhénienne. Ces montagnes étaient couvertes de grands châtaigniers grefles, de chênes et d'aifaresTerls. Elles étaient peuplées, de ce côté, d'environ qiiinae mille âmes réparties en douze bourgs et villages : ces peuplades composaient les guerrières, les d^ueilleases et singulières confédérations dites de Rugliano et de Scigliano. L'attitude, les costumes, les mœurs et usages de ces populations , étaient remarquables. Ces Calabrois, d\ine taille haute, svelte et vigoureuse, le teint